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Émission Interview

Nicolas Boudot on LCI for “La Question de l’Eco” A tough communication between Greece and its creditors

Questions du jeudi 18 juin 2015

Q1 : Pensez-vous que la meilleure solution pour résoudre la crise grecque serait que la Grèce sorte de la zone Euro ?

  • Sous total “oui” : 46% (-3 points par rapport à mai 2012)
  • Sous total “non” : 53% (+3 points par rapport à mai 2012)
  • NSP : 1%

Q2 : Diriez-vous que la nécessité d’une mise en œuvre rapide de la loi Macron justifie l’utilisation de l’article 49-3 par le gouvernement ?

  • Sous total “oui” : 32%
  • Sous total “non” : 67%
  • NSP : 1%

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 53% des Français interrogés considèrent que la sortie de la Grèce de la zone Euro n’est pas la meilleure solution pour résoudre la crise grecque.

La Grèce s’est engagée dans un véritable bras de fer économique avec les représentants de l’Eurogroupe (les dirigeants des institutions de l’Union européenne, de la BCE et du FMI) sur la situation de sa dette, dont le montant est estimé à 320 milliards d’euros (soit l’équivalent de la richesse produite par ce pays en 20 mois). Sans solution avant le 30 juin prochain, concernant la dette due au FMI, que le Premier ministre Tsipras estime ne pas être en capacité d’honorer, le pays se retrouverait alors dans une situation économique irrémédiablement compromise, suivant le terme consacré pour les entreprises privées en cessation des paiements.

La réunion des pays membres de l’Eurogroupe, qui s’est tenue aujourd’hui même, pour trouver une solution à ce problème économique est donc décisive. Parallèlement aux négociations économiques qui visent à éviter un « Grexit » suivant le terme consacré, un bras de fer communicationnel s’est engagé entre la Grèce et ses créanciers. Ce bras de fer est, en termes de communication, en train de tourner à l’avantage de la Grèce. En effet, 53% des Français interrogés dans le sondage de ce jour considèrent qu’une sortie de l’Euro n’est pas la meilleure solution pour résoudre la situation de crise que ce pays traverse.

Ce résultat, en croissance de 3 points par rapport à mai 2012, appelle trois commentaires :

Depuis 2012, le contexte politique au sein de l’Union européenne a évolué. Les mouvements protestataires contre l’Union européenne se sont multipliés et ont gagné du terrain dans les pays du sud de l’Europe. Ce contexte de défiance à l’endroit de l’Union européenne a eu un impact sur l’opinion publique française.

Par ailleurs, depuis 3 ans, nous avons assisté à beaucoup de pédagogie sur les conséquences économiques induites par une sortie de la Grèce pour l’ensemble des pays de la zone Euro. En effet, un scénario de sortie de la Grèce entrainerait mécaniquement un report de la dette grecque sur les autres pays de la zone euro, donc sur les finances publiques de ces pays, donc sur les contribuables. Cet argument utilisé par le gouvernement grec fait mouche. Les contribuables français ne souhaitent pas être redevables de la dette d’un pays tiers.

Enfin, une sortie de l’Euro ferait entrer les institutions européennes dans une sphère inconnue, une « terra incognita » institutionnelle que les Français ne sont pas prêts à affronter… sans doute pour ne pas ajouter de la crise à la crise.

Q2 : 2/3 des Français interrogés considèrent que le recours à l’article 49-3 de la Constitution, pour mettre en œuvre rapidement la loi Macron, n’est pas justifié

Manuel Valls, en annonçant le recours à l’article 49-3 de la Constitution pour voter sans discussion préalable le texte de la loi Macron, a commis une erreur de communication politique : il n’a pas préparé l’opinion publique avant d’avoir recours à cette procédure. En ne préparant pas le terrain médiatique avec des arguments solides, le Premier ministre a pris le risque de ne pas être compris par l’opinion. Cette incompréhension est mesurée par le sondage de cette semaine.

Pourquoi une telle incompréhension ?

D’abord parce que le seul argument avancé par le gouvernement, à savoir une mise en œuvre rapide de la loi, s’est heurté à la réalité de la discussion parlementaire de ce texte dont on parle depuis la fin de l’année 2014, soit plus de 7 mois désormais. Sans explication de fond, l’argument de la nécessité de faire voter un texte qui occupe le débat public depuis aussi longtemps en quelques jours n’a pas été compris.

Ensuite, le motif du risque politique pesant sur le gouvernement qui avait été avancé à l’occasion du vote en première lecture à l’Assemblée nationale sur le même texte, du fait de la poussée des députés PS frondeurs n’a plus lieu d’être depuis le Congrès PS de début juin qui les a privés de tout espace politique. De ce fait, le recours à l’article 49-3 de la Constitution est perçu comme un passage en force du gouvernement sur un texte considéré comme l’un des plus importants du quinquennat si l’on en croit les propos mêmes du président de la République et du Premier ministre.

Si le Premier ministre était sorti renforcé du vote précédent grâce à l’utilisation de l’article 49-3 sur le même texte, cette fois-ci la méthode semble se retourner contre lui. Il ne reste qu’à souhaiter une seule chose pour que le gouvernement fasse oublier ce petit couac de communication : que la loi Macron apporte rapidement les résultats économiques promis.

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot