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Émission Intervention

« Fragile regain de confiance dans la politique économique et sociale du gouvernement » Nicolas Boudot sur LCI pour « la Question de l’éco »

À propos de La Question de l’Éco : À un rythme hebdomadaire, « La question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, associé de Tilder ou Nicolas Boudot, Directeur chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.

Q1 : Etes-vous très satisfait, assez satisfait, assez mécontent ou très mécontent de la politique économique et sociale du gouvernement de Manuel Valls ?

 

·       Sous total « satisfait » : 28 % (+9 points par rapport à mars 2014)

·       Sous total « mécontent » : 70 % (-11 points par rapport à mars 2014)

·       NSP : 2 %

 

Q2 : Manuel Valls a annoncé un report partiel de la prise en compte de la pénibilité dans le travail pour le calcul des droits à la retraite et à la formation afin de simplifier le dispositif.

Etes-vous favorable ou opposé à ce report ?

·       Sous total « favorable » : 40 %

·       Sous total « opposé » : 58 %

·       NSP : 2 %

 

ANALYSE DE NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

 

Q1 : Appréciation de la politique économique du gouvernement de Manuel Valls

 

A l’issue de ce second semestre 2014, notre baromètre indique un net rebond de la satisfaction des Français envers la politique économique du gouvernement. Celle-ci atteint 28%, soit 9 points de satisfaits en plus par rapport à mars dernier. Cette cote de satisfaction n’avait plus atteint un tel niveau depuis janvier 2013.

 

La hausse constatée est d’autant plus notable qu’elle touche tous les segments électoraux : +12 points auprès des électeurs de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2012, +10 points auprès des électeurs de Nicolas Sarkozy, +7 points auprès des électeurs de Marine Le Pen. 

 

Ces résultats permettent de mesurer avec précision l’effet du virage amorcé par le Président de la République à l’issue de la lourde défaite du parti majoritaire lors des élections municipales de mars dernier, date de la dernière vague de ce baromètre. Le redressement de la courbe valide, dans l’opinion, la nouvelle orientation de la politique économique mise en oeuvre par l’exécutif. Ce que les commentateurs ont pu qualifier de tournant « social-libéral » du quinquennat de François Hollande, symbolisé par le pacte de responsabilité proposé aux organisations patronales et syndicales, ainsi que par le plan d’économies de 50 milliards d’euros présenté au parlement, semble entrer en adéquation avec les attentes des Français de toutes sensibilités politiques.

 

Le regain de satisfaction enregistré est à mettre au crédit du nouveau gouvernement et de son chef, Manuel Valls et de sa communication tournée vers l’action. Nommé par le Président de la République à la suite des élections municipales à la tête d’une équipe se voulant resserrée et expérimentée, l’ancien candidat à la primaire socialiste a su imprimer d’emblée un style de communication offensif en réussissant parfaitement sa séquence d’intronisation, notamment marquée par le retentissement de son discours de politique générale.

 

L’adhésion d’une part croissante de l’opinion publique à l’inflexion de la politique économique impulsée par le gouvernement de Manuel Valls contraste ainsi avec les remous ressentis au sein de la majorité parlementaire. Dans la bataille de communication qui l’oppose aux frondeurs socialistes, le Premier ministre gagne le soutien de l’opinion publique. 

 

Si le gouvernement élargit sa base de soutien, c’est également parce qu’il compte en son sein des personnalités de sensibilités économiques différentes. Chargé de mettre en oeuvre la politique économique définie par l’exécutif, le ministre de l’Economie Arnaud Montebourg trouvera lui aussi des motifs de satisfaction dans les résultats encourageants de ce baromètre. Ses prises de position volontaristes, volontiers colbertistes, sur certains dossiers emblématiques tels qu’Alstom, sont susceptibles de convaincre ceux des sympathisants de gauche que les seuls allègements de charges pour les entreprises auraient pu laisser sceptiques.

 

Rappelons toutefois que le niveau de satisfaction des Français à l’égard de la politique économique du gouvernement reste particulièrement bas, puisque 7 Français sur 10 demeurent insatisfaits. Il reste encore beaucoup de travail de conviction à l’exécutif pour confirmer et accentuer l’adhésion de l’opinion à ses choix économiques. 

 

Q2 : Report partiel de la prise en compte de la pénibilité dans le travail pour le calcul des droits à la retraite et à la formation :

 

La majorité des Français (58%) est opposée au report de cette mesure, annoncé cette semaine par Manuel Valls. Si ce rejet est partagé par toutes les catégories professionnelles et l’ensemble du spectre électoral, il s’avère particulièrement marqué auprès des salariés du secteur public (67%), ainsi que des sympathisants du Front de gauche (65%) et du FN (64%). 

 

Ces résultats montrent que, malgré le regain de satisfaction dont bénéficie Manuel Valls dans notre baromètre, le Premier ministre doit faire face aux réticences persistantes de pans entiers de l’opinion publique face à la remise en cause des acquis sociaux, quels qu’ils soient. S’agissant du « compte pénibilité », il est d’ailleurs intéressant de constater que les Français y témoignent un attachement vivace alors même que ce dispositif n’est pas encore entré en vigueur.

 

Après trois mois à la tête du gouvernement, Manuel Valls a encore devant lui un long chemin pour imposer la ligne économique pragmatique et réformatrice qu’il entend incarner à travers une stratégie de communication constante et intensive. Les obstacles tels que celui du « compte pénibilité », reliquat explosif du débat sur la réforme du système de retraites français jamais refermé depuis la loi Woerth de 2010, risquent d’être nombreux et de ralentir considérablement le rythme des réformes que le Premier ministre souhaiterait imprimer.

 

Ajoutées aux frondes successives qui agitent les débats parlementaires, aux querelles budgétaires de l’Assemblée nationale, à l’examen houleux de la réforme territoriale au Sénat, ces réactions hostiles de l’opinion forment une ligne de crête que le chef du gouvernement se doit d’emprunter avec agilité. Entre volontarisme et souci du dialogue, entre fermeté et recherche du consensus, Manuel Valls est confronté à une équation de communication complexe pour maintenir la dynamique de l’action du gouvernement sans rompre le fil de confiance qui le lie encore à une majorité de Français. D’autant que la nécessité de redressement économique demeure, plus que jamais, urgente.  

 

 Visionner l’intervention de Nicolas Boudot