YouTube Twitter Linkedin Nous contacter en fr Navigation
TilderNews On Demand

Le double discours de l’exécutif rend les Français sceptiques sur les conséquences économiques positives de la loi «Macron» Nicolas Boudot sur LCI pour « La Question de l’Eco »

Questions du jeudi 19 février 2015

1/ Parmi les mesures suivantes de la  loi Macron, laquelle vous semble la plus importante pour la croissance et l’emploi ?

  • L’ouverture des commerces le dimanche : 35 %
  • La réforme des professions du droit (notaires,…) : 9 %
  • La réforme des autocars pour faciliter la mobilité : 7 %
  • La réforme du permis de conduire : 6 %
  • La réforme de la procédure des prud’hommes : 4 %
  • La vente des aéroports de Nice et de Lyon : 1 %
  • Une autre mesure : 0 %
  • Aucune de ces mesures : 37 %
  • NSP : 1 %

2/ En ce qui concerne la réforme des retraites complémentaires, quelle solution a votre préférence ?

  • Reporter à 64 ans l’âge à partir duquel on peut bénéficier d’une retraite complémentaire pleine : 51 %
  • Augmenter le montant des cotisations des salariés et des entreprises : 35 %
  • Baisser le montant des pensions complémentaires de retraite : 11 %
  • NSP : 1 %

 

ANALYSE DE NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

1/ Une majorité des Français interrogés considèrent qu’aucune des mesures de la loi Macron ne va améliorer la croissance et l’emploi

La situation politique complexe dans laquelle se trouve le gouvernement qui a été contraint d’avoir recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour adopter sans vote la loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » dite «loi Macron » a deux causes : la première est d’ordre politique (le gouvernement est moins aligné politiquement avec la majorité parlementaire élue en 2012 depuis le dernier remaniement), la seconde est d’ordre communicationnel.

Sur ce point, le gouvernement représenté par son ministre de l’Economie a commis une erreur. En effet, il a été contraint de tenir un double discours sur son projet de loi. Auprès des institutions de l’Union européenne, il a dû tenir un discours assurant de la vocation économiquement libérale de son projet de loi, quand, à Paris, face à la majorité parlementaire, il a voulu démontrer que ce projet de loi était de nature « socialiste », pour s’assurer les voix de la majorité parlementaire. Ce double discours, associé au déséquilibre politique entre majorité parlementaire et exécutif a conduit à la situation politique actuelle et n’a pas convaincu les Français des effets positifs attendus de cette loi.

De ce fait, les Français interrogés sur les mesures prévues par le projet de loi d’Emmanuel Macron considèrent majoritairement (37%) qu’aucune d’entre elles n’est importante pour la croissance et l’emploi. Il convient de noter que la mesure visant à l’ouverture des commerces le dimanche tire légèrement son épingle du jeu, puisque 35% des Français interrogés considèrent qu’elle est la mesure qui peut apporter au pays croissance et emploi.

En tout état de cause, dans ce sondage, les Français interrogés tranchent le conflit politique né entre l’exécutif et sa majorité parlementaire : ils disent oui à des réformes à condition que ces réformes soient encore plus ambitieuses que celles portées dans ce projet de loi. L’équation que le gouvernement devra résoudre est la suivante : comment continuer à engager des réformes ambitieuses avec cette majorité parlementaire ? La réponse pourrait être : en suivant une seule ligne de discours en communication.

2/ 51% des Français considèrent qu’il vaut mieux reporter à 64 ans l’âge de départ en retraite pour sauver le système des retraites complémentaires

Les négociations qui se sont ouvertes cette semaine entre les partenaires sociaux dans le but de préserver les régimes complémentaires de retraites des salariés du secteur privé risquent d’être houleuses. En effet, la question des retraites est depuis plus de deux décennies au cœur des tensions les plus vives entre les partenaires sociaux, notamment pour ce qui a trait au report de l’âge de la retraite.

Si l’on ajoute à l’équation déjà compliquée de baisse démographique, d’allongement de la durée de vie et de différences de calcul des cotisations, la concertation devient quasi impossible, tant les fronts d’hostilité sont nombreux.

Dans le sondage de cette semaine, les Français interrogés indiquent qu’ils sont donc prêts à travailler plus longtemps, mais surtout pas pour gagner moins (que ce soit du fait de la baisse des pensions ou du fait de l’augmentation du montant des cotisations des salariés et des entreprises). En effet,  les Français interrogés se déclarent prêts à une augmentation du nombre d’années de cotisations (51%) plutôt qu’à une hausse des cotisations (35%), ils excluent en revanche clairement une baisse des montants des pensions complémentaires versées (11%).

Le recours à la négociation par les partenaires sociaux est plutôt une bonne méthode qui constitue un paravent à l’exécutif qui n’est pas en première ligne dans ce domaine… à condition que la négociation aboutisse. La responsabilité de la négociation repose toute entière sur les épaules des partenaires sociaux.

Jusqu’ici, en communication, ceux ci ont jusqu’ici plutôt joué la carte de la pédagogie et de l’écoute réciproque sur les mesures qu’ils préconisent chacun de leurs côtés. Cette ligne de communication ouverte pourrait augurer positivement des négociations qui vont durer jusqu’en juin et permettre une solution concertée sur ce dossier. Cet alignement entre l’expression publique d’une volonté d’aboutir à une négociation concertée et sa réalisation serait un vrai pas en avant positif dans les négociations sociales en France.

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot