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Les réseaux sociaux, nouveaux médias d’information ?

La vaste toile virtuelle tissée entre les internautes par le biais des réseaux sociaux facilite la circulation et le partage d’information entre les individus. Grâce aux réseaux nationaux et internationaux, l’information se répand d’une famille à une autre, d’une entreprise à une autre ou encore d’une nation à une autre. Elle se déplace de façon illimitée et instantanée, sans contrainte de frontières, de fuseaux horaires ou de coût financier.

L’information devient donc immédiate et accessible au-delà des frontières physiques ou culturelles, comme l’illustrent la diffusion immédiate des images des révolutions en Tunisie et en Egypte le mois dernier. Si les réseaux sociaux sont aujourd’hui un levier de diffusion et de partage de l’information, peuvent-ils être considérés comme un média d’information à part entière ?Une information polymorphe 

L’information qui circule sur les réseaux sociaux se démarque de celle des médias traditionnels par sa variété : les internautes échangent aussi facilement des contenus personnels et intimes, qu’ils partagent des événements sociaux et sportifs ou qu’il réagissent à des actualités économiques et politiques. Sur les réseaux sociaux, la typologie d’information n’est pas contrainte et délimitée comme dans les médias traditionnels où la caractérisation et la segmentation s’avèrent des principes structurants du format.

Le réseau Facebook, qui compte près de 200 millions d’utilisateurs dans le monde, démontre de manière efficace le partage d’informations universelles offert par les réseaux sociaux. Les internautes ayant ouvert un profil sur le réseau y échangent des informations personnelles, des photos ou des vidéos, mais ils s’en servent également pour relayer des actualités qui ont pu susciter leur intérêt.

Cette grande variété d’informations disponibles, sans souci de segmentation, participe à la disparition des frontières entre les catégories d’informations échangées. La hiérarchie entre informations personnelles, professionnelles et les actualités d’ordre général disparaît, laissant la place à une juxtaposition voire une confusion. Ce phénomène est d’autant plus amplifié que les contributeurs des réseaux sociaux ne sont pas tenus à la même exigence de sérieux et de fiabilité des sources que les journalistes. Si une actualité est facilement et gratuitement accessible sur les réseaux sociaux, à la différence des médias traditionnels où elle est limitée et payante, celle-ci reste incertaine et invérifiable.

Des journalistes se sont d’ailleurs interrogés sur la pertinence de l’information disponible sur les réseaux sociaux. L’expérience de « Huis clos sur le net », menée en février 2010 par cinq journalistes enfermés dans une ferme du Périgord et coupés de tout moyen de communication, sauf Twitter et Facebook, a mis en évidence l’efficacité des réseaux sociaux comme média d’information. Les actualités majeures transitent bien par ces réseaux, tandis que les fausses rumeurs sont facilement identifiables du fait de la loi des grands nombres : les informations exactes étant largement plébiscitées. Néanmoins, les journalistes demeurent mitigés sur la fiabilité de l’information. En effet, les éléments de contextualisation faisant défaut, elle est difficilement hiérarchisable. Les journalistes ont pu être « trompés » par des événements mineurs pourtant relayés de façon disproportionnée. Enfin, ils ont noté que les événements sociaux marquants ont été relativement minorés au profit de polémiques ou de rumeurs politiques « faisant le buzz ».

Une nouvelle « expérience sociale » de l’information

Une information ‘dynamique’…

 

L’information diffusée par les réseaux sociaux se démarque de celle des médias traditionnels par son caractère personnalisé, participatif et partagé. Personnalisé, car les internautes utilisent les réseaux dont ils sont membres pour filtrer les actualités qu’ils souhaitent recevoir, pour les noter ou encore pour réagir à l’une ou l’autre. Participatif, car un tiers des usagers a déjà contribué, commenté ou diffusé de l’information. Et partagé, car la majorité des internautes utilisent les réseaux sociaux comme source d’information. Ces réseaux participent activement à l’ouverture de la société d’opinion en permettant à tous de commenter une actualité instantanément, de s’exprimer et de donner son avis à son sujet. Les internautes deviennent ainsi de véritables acteurs de l’information.

…Mais à la durée de vie limitée

 

Les réseaux sociaux transforment la relation de l’internaute à l’information. Les critères d’évaluation évoluent : elle n’est plus universelle et propriété des seuls journalistes ; mais commune et participative. Dorénavant, elle doit être dynamique, renouvelée et sensationnelle ! Les phénomènes de « buzz », amplifiés et démultipliés par l’avènement des réseaux sociaux, permettent d’ailleurs de générer du trafic autour de cette information et d’augmenter ainsi sa durée de vie.

La difficulté réside désormais dans la gestion de l’information en temps réel, à la fois sur les médias traditionnels et sur les nouveaux supports. L’instantanéité de l’information sur les réseaux sociaux impose une nécessaire réactivité des émetteurs de messages (journalistes, entreprises, usagers des réseaux sociaux, etc.).

Un nouveau statut de l’information

Réseaux sociaux versus médias traditionnels ?

 

Cette analyse met en lumière l’importance croissante des réseaux sociaux dans l’univers médiatique : leur profusion et leur puissance de diffusion en font un outil de communication influent et efficace. Ils sont de plus en plus perçus comme un nouveau média d’information « journalistique », qui s’installe à côté des médias traditionnels. Les informations diffusées sur les réseaux sociaux sont régulièrement reprises dans la presse ou à la télévision, notamment les exclusivités qui sont relayées sur les réseaux sociaux avant de faire scandale sur la scène publique. Ainsi, le scandale Zahia D, « la 24e joueuse de l’Équipe de France » qui a animé les réseaux sociaux pendant plusieurs semaines en mai dernier, a été largement repris dans les journaux.

Un nouvel outil de communication pour les leaders d’opinion

 

Les leaders d’opinion investissent également les réseaux sociaux et les utilisent comme relais d’information. Eric Mettout, rédacteur en chef de L’Express, utilise son compte Twitter pour échanger avec ses confrères sur les sujets d’actualité, pour ébruiter des anecdotes des coulisses de la rédaction ou encore pour faire part de ses réflexions sur l’évolution de la presse. De même, Xavier Ternisien, journaliste « médias » au journal Le Monde, réputé parmi ses confrères, « twitte » quotidiennementpour publier des informations et interagir avec ses « followers ».

Ce constat doit être modéré par la jeunesse du phénomène : la majorité des journalistes utilisant les réseaux sociaux sont issus de la « jeune génération », tandis que les professionnels plus âgés demeurent sceptiques sur le sérieux et l’efficacité de ce média.

Les réseaux sociaux attirent également l’intérêt des responsables politiques qui les envisagent comme un véritable outil d’influence. Ils deviennent dès lors un levier de communication, informel et sympathique. Ainsi, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, tient un profil ouvert sur le réseau Facebook qui tend à dresser une portrait résolument moderne et souriant de ce dernier. Ce profil est appréhendé comme un moyen de communiquer sur les ambitions, les projets de Nicolas Sarkozy ou encore pour confier des informations plus personnelles, comme son livre préféré, Le Rouge et le Noir de Stendhal ou sa pratique régulière de la course à pied.

La nécessaire « éditorialisation » de l’information

 

Non plus fidèles à un seul média, les internautes sélectionnent l’information qui les intéresse et panachent les sources. Dès lors, le format des médias traditionnels qui fonctionnait sur un principe d’audience stable et fidèle n’est plus adapté aux besoins de lecteurs versatiles. C’est une mutation profonde du fonctionnement des médias qu’il convient d’engager pour attirer lecteurs et audimats.

Le média n’est plus propriétaire ni garant de l’information qui doit désormais exister de manière autonome. Orpheline, elle devient incertaine et contestable. Dans ce contexte, la signature du journaliste s’impose comme la nouvelle marque du contenu diffusé, où la renommée de celle-ci détermine la qualité de l’information. Ainsi, la crédibilité historique des médias traditionnels se voit progressivement dépasser par l’influence de journalistes, de plus en plus indépendants, qui deviennent de véritables marques, comme en témoignent les nombreux blogs personnels des journalistes des grands quotidiens nationaux autorisés et publiés par la rédaction sur le site même.

 

Lise Forestier et Servane Marion