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BREXIT : L’Europe ne sera plus jamais la même et surtout, ne pourra plus être la même !

Vendredi 24 juin à 8h30

 

Intervention d’Aurélie MOTTA-RIVEY, Associée TILDER, membre du Board d’EuropaNova

Au nom de toute l’équipe d’EuropaNova, merci de votre présence ce matin pour partager ce moment historique. Comme vous le savez, c’est une conviction forte qui nous rassemble tous dans ce think-tank, présidé par Denis Simonneau : celle de la nécessité d’une Europe politique, qui n’a jamais été aussi criante…

C’est avec beaucoup d’humilité et de prudence que nous allons nous employer ce matin à un premier décryptage à chaud de la journée d’hier et de la campagne qui l’a précédée, et qui marquera, quels que soient les résultats définitifs, de façon indélébile l’avenir de notre Europe.

Les premiers résultats s’accordent ce matin à dire que le camp du « out » semblerait l’emporter après une nuit au coude à coude. L’Europe ne sera plus jamais la même et surtout, ne pourra plus jamais être la même!
« Je t’aime moi non plus »

Le Royaume-Uni a toujours été dans une sorte de « je t’aime, moi non plus » vis-à-vis de la construction européenne, comme en témoigne notamment son refus de rester en dehors de l’euro.

Le rapport ambigu des Britanniques à la construction européenne n’est pas nouveau : il ne s’agit pas du premier référendum posant la question du maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne. En juin 1975, soit deux ans et demi après l’adhésion du pays à la CEE – le 1er janvier 1973 – les électeurs britanniques étaient 67 % à exprimer leur volonté de demeurer au sein de la Communauté, avec un taux de participation de 65 %.

« All you need is love »

C’est sans doute ce que l’Europe n’aura pas su donner aux citoyens britanniques, mais plus largement à l’ensemble des citoyens européens qui se sentent désormais autorisés à remettre en cause leur appartenance à l’Union européenne.

Depuis cette nuit, force est de constater qu’il n’y a plus d’évidence européenne. Brexit ou Bremain, le mal est fait dès lors que nous avons intégré la possibilité d’une déconstruction européenne.

Je me permettrais quelques remarques introductives sur le plan de l’analyse de communication de la campagne avant de lancer les débats:

1+ Un avant propos sémantique : c’est le terme « Brexit » qui a prédominé la couverture médiatique et non pas « Bremain », ce qui signifie que pour la majorité des médias seule une sortie constitue un événement. C’est à mon sens une erreur car le choix du RU de rester aurait constitué en lui-même un appel sans précédent à l’ensemble des chefs des 28 Etats membres à réinventer l’Europe et à fédérer autour d’un nouveau projet.

2+ Une histoire qui se répète : depuis le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005- que certains d’entre vous ont suivi de très près- force est de constater que peu de choses ont changé et que nous payons encore aujourd’hui l’incapacité de l’UE à communiquer positivement et concrètement sur elle-même.

Paradoxalement c’est le camp du « In » qui était dans une communication anxiogène, jouant quasi-exclusivement sur les ressorts de la peur et du catastrophisme, tandis que le camp du « out » était dans une communication concrète, en prise directe avec les préoccupations des citoyens, basé sur le fantasme de l’empowerement.

Face aux préoccupations essentielles des citoyens européens- immigration, sécurité, pouvoir d’achat- c’est le camp du « out » qui apparaît le moins déconnecté.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que les détracteurs diabolisent les politiques économiques de l’UE alors même que la GB ne fait pas partie de la zone euro. Ce qui montre que nous sommes face à des choix largement dominés par l’émotion.

Au fond, une fois de plus, les pro-européens ont à nouveau perdu la bataille de l’émotion face aux eurosceptiques !

C’est pourquoi il est urgent de définir une émotion positive pour la nouvelle Europe.

3+ Indépendamment du résultat, rien ne sera plus comme avant.

Un effet symbolique et psychologique important à fort potentiel de « spill over ». En même temps, cet effet « contagion » (le FN a déjà demandé ce matin un référendum sur le sujet en France) pourrait aussi se transformer en effet « dissuasion »

Comme le montre une enquête TILDER-LCI-Opinion Way publiée hier, 81 % des Français interrogés considèrent « qu’il est indispensable que les dirigeants européens proposent un nouveau projet pour l’Europe ».Cela montre que le simple fait de poser la question, c’est ouvrir une « boîte de Pandore » et que, dans un certain nombre de pays, des référendums analogues pourraient bientôt être organisés. Nous sommes passés du « I want my money back » à « I want the power back », et il faut repenser la façon de créer de l’adhésion au projet européen.

4+ Une propension des médias et des responsables politiques français à sous-estimer l’enjeu

Même si les débats autour du référendum se sont inscrits dans une séquence médiatique chargée au plan national (menace terroriste, manifestations contre la loi « travail » et Euro), on ne peut qu’être frappé par le faible intérêt porté à l’actualité britannique. Au fond, la question britannique a été traitée comme une actualité de politique étrangère, jamais comme un enjeu pouvant avoir un impact direct sur la vie des citoyens français. Il aura fallu l’assassinat d’une députée travailliste – Jo Cox- pour que les médias français donnent une place plus grande au référendum britannique. – Ce n’est pas sans rappeler 2003, où une campagne référendaire avait déjà été ensanglantée en Suède par l’assassinat d’Anna Linh, Ministre des Affaires étrangères suédoises.Malgré un léger recul du camp du « Leave », ce drame n’a pas eu d’impact significatif sur les enquêtes d’opinion. Au lendemain de l’événement, les camps du « Remain » et le camp du « Leave » faisaient à peu près jeu égal.

5+ Des raisons d’espérer ?

Pour faire de la politique fonction, imaginons qu’un « Frexit » se déroule au lendemain de la présidentielle de 2017, il ne faut pas sous –estimer l’attachement des Français à l’idée européenne : 61% d’entre eux se déclaraient hier, dans un sondage Tilder-Opinionway, favorables au maintien de la GB dans l’UE.

C’est donc le projet européen en lui même qu’il faut d’urgence repenser. Et c’est pour éviter d’en arriver à l’extrêmité d’un référendum sur ce sujet en France que nous avons décidé de lancer l’appel du 9 mai ainsi qu’une agence de notation des programmes candidats à la présidentielle.

 Tribune du 27 juin 2016 d’Aurélie Motta-Rivey co-signée avec Europanova