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Émission Interview

Nicolas Boudot sur LCI pour « La Question de l’Eco » Emmanuel Macron, Objet Politique Non Identifié, décrypté par les Français !

Questions du jeudi 1er octobre 2015

Q1 : Après un an de négociations, le Premier ministre Manuel Valls a décidé d’appliquer l’accord sur la rémunération des agents de la fonction publique, signé par 6 syndicats, même si le texte, rejeté hier par la CGT, FO et Solidaires, n’a pas obtenu le feu vert des syndicats représentant au moins 50 % des voix. Par cette décision, diriez-vous que Manuel Valls respecte le dialogue social ?

  • Sous total « oui » : 37 %
  • Sous total « non » : 61 %
  • NSP : 2 %

Q2 : Et pensez-vous qu’Emmanuel Macron conduit une politique ?

  • Décidée par le président de la République et le Premier ministre
    • Sous total « oui » : 65 %
    • Sous total « non » : 32 %
    • NSP : 3 %
  • Souhaitée par l’ensemble du gouvernement
    • Sous total « oui » : 41 %
    • Sous total « non » : 56 %
    • NSP : 3 %
  • Souhaitée par la majorité parlementaire
    • Sous total « oui » : 36 %
    • Sous total « non » : 61 %
    • NSP : 3 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 61% des Français interrogés considèrent que Manuel Valls ne respecte pas le dialogue social

De nombreux Français interrogés (61%) considèrent que le Premier ministre est passé en force et ne respecte pas le dialogue social en décidant d’appliquer l’accord sur la rémunération des agents de la fonction publique, malgré l’absence de feu vert d’une majorité des organisations syndicales.

En communication, a fortiori à 15 jours d’une nouvelle conférence sociale qui est particulièrement attendue par les représentants des organisations syndicales et patronales, c’est un signal d’alerte que le Premier ministre doit prendre en compte dans la préparation des prises de paroles sur les questions sociales dans les semaines qui viennent. Il ne peut pas se couper durablement des organisations syndicales compte tenu des échéances sociales et économiques qui vont suivre en France.

Il n’en demeure pas moins que la décision de Manuel Valls de passer outre le rejet de certaines organisations syndicales est pilotée par des enjeux politiques et que ces derniers ont pesé très lourd dans le choix du premier ministre.

En effet, le Premier ministre, à quelques jours des élections régionales, et alors que les résultats économiques et sociaux promis tardent encore, doit nécessairement envoyer un signal fort à son électorat. Les fonctionnaires sont traditionnellement une catégorie socio professionnelle proche du Parti socialiste. La visée électorale et des annonces positives pour les fonctionnaires ne sont donc pas à négliger dans la prise de décision du Premier ministre.

Ensuite, en communication, le Premier ministre ne pouvait pas laisser se développer davantage la polémique déclenchée par le ministre de l’Economie qui aurait appelé de ses vœux, dans le cadre d’une réunion privée, une réforme du statut de la Fonction publique.

Ainsi en prenant cette décision, Manuel Valls fait un coup double de communication :

  • Il a renforcé sa position d’arbitre et de protecteur de l’exécutif en protégeant sa ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu qui a mené les négociations sur la revalorisation de la grille de rémunérations dans la Fonction publique pendant un an ;
  • Il a rappelé également que la vision et l’action « réformatrices » font aussi partie de son logiciel politique et qu’il n’est pas l’apanage exclusif d’Emmanuel Macron…

Q2 : Pour une majorité de Français, la politique économique menée par Emmanuel Macron est décidée par le couple exécutif (65%), mais souhaitée par le Gouvernement et la majorité parlementaire seulement à 41% et 36%.

Le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, depuis sa nomination à la suite d’Arnaud Montebourg, multiplie les expressions qui provoquent le débat et même quelques procès en socialisme de la part de certains ténors de la gauche et du Parti socialiste.

La récente prise de position d’Emmanuel Macron annonçant qu’il ne souhaitait pas être élu député en 2017 éclaire sa stratégie de communication d’une part et les résultats du sondage de cette semaine d’autre part. 65% des Français interrogés considèrent que le ministre de l’Economie applique la politique décidée par les deux têtes de l’exécutif. Le fait d’avoir annoncé ne pas vouloir être élu député permet à Macron de se détacher du tempo de la communication politique stricto sensu et de se placer dans un tempo de communication strictement dédié à son action ministériel, pilotée par le couple exécutif…

Ainsi, les Français considèrent que Macron est dans un tempo de communication de porte-parole de l’action économique, débarrassé des freins médiatiques qui embarrassent habituellement les titulaires d’un maroquin ministériel qui visent une élection à court ou moyen terme. Cela lui permet ainsi de peut être dire tout haut ce que le couple exécutif peut penser tout bas, mais ne peut pas exprimé compte tenu des échéances électorales à venir.

Ces résultats montrent également que les Français ont bien pris note de la position particulière de Macron au sein du gouvernement (56% des Français considèrent que la politique économique conduite par Macron n’est pas souhaitée par le gouvernement). Mieux, ils considèrent que la politique de Macron n’est souhaitée que par 36% de la majorité parlementaire.

Ces résultats sont éclairants sur deux autres aspects :

Ils démontrent d’abord que les Français interrogés ont acté le virage « social-libéral » annoncé par le président de la République. En effet, ce virage est tout entier incarné par Emmanuel Macron et les Français considèrent, à une large majorité, qu’il est soutenu par le couple exécutif. Ils montrent ensuite que plus on s’éloigne du sommet de la hiérarchie décisionnelle politique en France sous la Vème République, incarné par le couple exécutif, moins le soutien à ce virage économique est positivement affirmé.

C’est un signal politique puissant pour le couple exécutif qui est en recherche d’un second souffle avant les élections régionales qui approchent : le socle politique, né des élections de 2012, est en train de se distendre sous le poids de l’OPNI (Objet Politique Non Identifié), Emmanuel Macron…

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot pour « la Question de l’Eco » sur LCI
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La nouvelle émission 100% décryptage de l’information après « la Question de l’éco » à laquelle participe un consultant de Tilder en débat avec un autre communicant et un éditorialiste.