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Émission Intervention

Nicolas Boudot sur LCI pour « La Question de l’Eco » La campagne électorale à l’épreuve des tribunaux judiciaires et médiatiques : Les Français affirment pouvoir garder leur capacité de libre arbitre

Questions et analyse du sondage du 16 mars 2017

Q1 : Selon vous, à l’avenir, faudrait-il suspendre l’ouverture de procédures judiciaires contre les candidats dans les trois mois précédant l’élection présidentielle ?

  • Sous total « oui » : 26 %
  • Sous total « non » : 73 %
  • NSP : 1 %

Q2 : Les débats télévisés compteront-ils beaucoup, assez, peu ou pas du tout dans le choix du candidat pour lequel vous voterez à l’élection présidentielle ?

  • Sous total « oui » : 43 %
  • Sous total « non » : 56 %
  • NSP : 1 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 73% des Français interrogés se déclarent contre la suspension de l’ouverture de procédures judiciaires dans les 3 mois précédant l’élection présidentielle.

Alors que trois des principaux candidats à l’élection présidentielle, Marine le Pen, François Fillon et Emmanuel Macron sont chacun visés par des procédures (mises en examen ou enquêtes) en lien avec leurs activités professionnelles antérieures ou leurs vies privées… Alors que, ce que l’histoire retiendra comme l’«Affaire Fillon », capte l’intérêt médiatique depuis près de deux mois, il apparaissait important de mesurer la réaction de l’opinion publique à l’aune de ces événements qui ont occulté, jusqu’ici, le déroulé des débats de l’élection présidentielle.

À la question de savoir s’il serait judicieux, à l’avenir, de suspendre l’ouverture de procédures judiciaires contre les candidats dans les trois mois précédant une élection présidentielle, près de ¾ des Français interrogés répondent NON.

Les Français considèrent d’abord les hommes et les femmes politiques en campagne comme des justiciables comme les autres, fussent-ils lancés à l’assaut de la présidence de la République. Ce résultat signifie également que les Français considèrent être en mesure de faire la part des choses et de garder leur libre arbitre face à la mise en cause de tel ou tel candidat par la justice ou les enquêteurs.

En effet, choisir le maintien des procédures c’est, certes, choisir la transparence, mais c’est aussi renforcer le pouvoir des juges dans une période politique particulièrement sensible. Certains experts affirment même que sans limites, ni garde-fous, la multiplication des déclenchements de procédures à conduire à une forme de « Gouvernement des juges » et à un renforcement du pouvoir judiciaire par rapport aux pouvoirs législatif et exécutif. En communication politique, ce résultat appelle deux commentaires.

D’abord que dans la période de défiance à l’égard des élites, les Français souhaitent opposer à cette défiance une forme de transparence absolue, au risque de voir le bon déroulement de l’élection être perturbé par l’immixtion dans les débats de procédures judiciaires. Les Français interrogés affirment donc ici que la transparence est, pour eux, le contraire de la confiance.

Il faut ensuite considérer cette situation à l’aune du traitement médiatique des procédures judiciaires. S’il existe un tribunal judiciaire, le « tribunal médiatique », en période électorale est toujours sévère. La sanction médiatique, mesurée par les sondages, précède toujours celle des juges et elle n’est susceptible ni d’appel, ni de Cassation. Dans une période aussi contrainte dans l’espace et dans le temps que peut l’être une campagne électorale, c’est prendre le risque de voir les tribunaux judiciaires et médiatiques influencer le choix des électeurs. Comme le disait le Général de Gaulle en 1958 : « En France, la meilleure Cour Suprême, c’est le peuple ». Dans moins de 40 jours, ce sera à lui de juger.

Q2 : 56 % des Français interrogés affirment que les débats télévisés ne compteront pas dans leur choix de candidat pour l’élection présidentielle.

Après la question du pouvoir d’influence des juges, voici une question qui porte sur l’influence des médias dans l’élection présidentielle. Il s’agit là d’une question aussi ancienne que l’existence même des médias.

En effet, lundi 20 mars au soir aura lieu un débat télévisé sur TF1 sous un format inédit qui va rassembler 5 candidats sur les 8 ou 9 qui auront obtenu leurs 500 parrainages d’élus, indispensables pour concourir à l’élection. Cette question revêt d’autant plus d’importance que, jusqu’ici, les débats de fond portant sur les sujets économiques, sociétaux ou encore sur la place de la France dans le monde, les thèmes retenus par TF1 pour le débat de lundi soir ont été occultés du débat public par les « sujets de prétoires », cités précédemment.

Pourtant, 56% des Français interrogés considèrent que les débats télévisés n’auront pas d’influence dans leur choix. Ce résultat corrobore par ailleurs toutes les études menées depuis les années 50 sur l’influence des médias et notamment de la télévision, en matière électorale qui est beaucoup plus diffuse, indirecte et imprécise que l’opinion ne le croit souvent. Un seul exemple dans l’histoire d’une influence directe de la télévision a pu être rapportée. Celle visant l’élection de JF Kennedy aux USA en 1960 qui l’avait vu triompher de Nixon, son apparence physique l’avait avantagé face à son adversaire. Ce fut le premier débat télévisé de l’histoire d’une présidentielle dans une démocratie occidentale.

Il n’en demeure pas moins vrai que, en communication politique, la multiplication des débats télévisés et radiophoniques, depuis les primaires des deux partis jusqu’à celui de lundi soir prochain, interroge sur le l’influence réelle des médias dans cette élection présidentielle de 2017. Ce sujet appelle au moins deux commentaires sur le traitement médiatique des élections présidentielles en France.

N’est-ce pas là, d’abord, la marque d’un avènement de la politique spectacle ? Une forme d’immixtion des principes de la téléréalité appliqués à la télévision ? Ensuite et de manière plus terre à terre sur l’organisation même du débat : Pourquoi n’inviter que 5 candidats à débattre et pas tous les candidats ? N’est-ce pas là finalement une forme indirecte d’influence médiatique qui prive de facto celles et ceux qui sont considérés comme « les petits candidats », d’un traitement égalitaire du temps de parole ?

Ce sujet est d’autant plus important que les sujets politiques ont été jusqu’alors relativement absents des médias. A ce titre, le débat télévisé du lundi 20 mars 2017 sur TF1 est particulièrement attendu. Nous verrons les candidats, espérons-le, s’affronter « projet contre projet ». Même si les Français affirment dans notre sondage la prédominance de leur choix propre, ce type de débat est à même de faire bouger les lignes politiques de cette élection, comme ce fut le cas pendant les primaires. En effet, Fillon d’une part et Hamon d’autre part, avaient pu à cette occasion faire la différence. Pour les cinq candidats, actuellement en tête dans les sondages, mais aussi par réaction de tous les autres qui le feront savoir par voie médiatique… Finalement, en communication, cette élection ne fait que commencer.

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot dans « Le Grand Soir » pour « la Question de l’Eco » sur LCI
A propos de La Question de l’Éco :

À un rythme hebdomadaire, « La Question de l’Éco » est traitée tous les jeudis, en direct sur LCI, soit entre 19h45 et 20h30, soit entre 20h30 et 21h30, dans l’émission de Julien Arnaud et Rebecca Fitoussi « Le Grand Soir ». « Le Grand Soir », c’est au global deux heures d’informations politiques et économiques. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, Nicolas Boudot ou Guillaume Jubin, Associés chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.