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Émission Intervention

Nicolas Boudot sur LCI pour « La Question de l’Eco » Quelle stratégie de communication mettre en œuvre quand le candidat préféré des Français est l’abstention ?

Analyse des questions du sondage du 23 mars 2017

Q1 : Avez-vous l’intention d’aller voter au premier tour de l’élection présidentielle, le dimanche 23 avril ?

  • Je suis sûr d’aller voter : 60 %
  • J’hésite à aller voter : 17 %
  • Je n’irai pas voter : 22%
  • NSP : 1 %

Q2 : Pour décider du candidat pour lequel vous voterez au premier tour de m’élection présidentielle, vous allez privilégier…

  • La lecture des programmes : 61 %
  • Les interventions des candidats dans les médias : 29 %
  • Les partis ou personnalités qui soutiennent le candidat : 13 %
  • Les articles ou reportages qui parlent de la présidentielle : 11 %
  • Rien de tout cela : 17 %
  • NSP : 2 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 22% des Français interrogés affirment ne pas avoir l’intention d’aller voter au premier tour de l’élection présidentielle le dimanche 23 avril prochain (60% affirment de manière certaine aller voter, 17% disent hésiter). 

Alors que les différentes études d’opinion estiment entre 24 et 26% les scores des deux qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle, il apparaissait particulièrement pertinent, un mois jour pour jour avant le 1er tour de l’élection présidentielle, de demander aux Français s’ils étaient certains d’aller voter au 1er tour de l’élection présidentielle le 23 avril prochain.

Alors qu’il ne reste que 30 jours avant que nous connaissions le dénouement de cette « drôle de campagne », seuls 60 % des Français se disent certains d’aller voter. A contrario, ils sont 22% à affirmer ne vouloir aller voter et 17% à hésiter encore. 39 %, il s’agit d’un chiffre particulièrement important.

L’affirmation de ne pas aller voter de la part de 22% de la population en âge de le faire nous place immédiatement parmi les scores d’abstention les plus importants pour un premier tour d’élection présidentielle. En effet, il convient de rappeler que le record d’abstention pour un premier tour d’élection présidentielle en France date de 2002 avec 28,4% ; il faut se souvenir également que les taux d’abstention des élections de 2007 et 2012 étaient respectivement de 16,5% et 20,5%.

Comment expliquer ce chiffre ?

Michel Bongrand, pionnier de la communication politique en France, affirmait au mitan des années 70 que : « Pour parvenir au pouvoir, pour l’exercer, pour en rendre compte au citoyen, la politique est communication ». Ainsi, si les causes de cette désaffection ou de cette hésitation sont, bien entendu, à chercher du côté des affaires judiciaires, il ne faut pas négliger le fait que nous nous trouvons dans une forme de panne de communication qui pourrait expliquer la panne démocratique mesurée dans le sondage de cette semaine.

En effet, aucun thème de campagne n’a émergé des programmes ou des prises de paroles des candidats, aucune annonce clivante n’a embrasé le débat politique, aucun candidat n’a été en mesure de faire le break à l’occasion du grand débat qui s’est déroulé lundi dernier sur l’antenne de TF1.

Toutefois, il est encore possible de renverser cette tendance et de faire en sorte que le candidat préféré des Français ne soit pas l’abstention. Voici, en communication, ce qu’il faudrait faire pour y parvenir :

  • Pour les trois candidats qui se trouvent dans le groupe de chasse derrière les deux favoris, Benoit Hamon, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon il faut désormais se lancer dans des prises de positions clivantes, en mesure de mobiliser l’opinion publique sur des sujets de fond à même de les mettre sur le devant de la scène médiatique. C’est ce qui pourra permettre de dynamiter la campagne et d’espérer combler l’écart avec le Pen et Macron.
  • Pour les deux candidats, Emmanuel Macron et Marine le Pen, qui font la course en tête dans les sondages, il convient pour eux de consolider leur position, en solidifiant sur leurs noms les promesses de vote en réussissant à imposer leurs thèmes dans le débat politique des prochaines semaines. C’est particulièrement vrai pour Emmanuel Macron en tête dans les sondages, mais avec un corpus électoral qui affirme pouvoir encore changer d’avis.
  • Le lancement de la campagne officielle, le 9 avril prochain, sera pour chacun des 11 candidats, l’occasion d’affirmer encore plus encore leurs convictions et espérer peser dans les reports de voix du second tour.

Q2 : 61 % des Français interrogés affirment que leur choix de candidat pour l’élection présidentielle repose sur la lecture des programmes (29% sur l’intervention des candidats dans les médias ; l’appartenance à un parti politique 17%, un autre critère).

Voici un résultat en mesure de rassurer certains candidats à l’élection présidentielle. Les Français affirment que leur choix de candidat est corrélé à la lecture des programmes, plutôt qu’aux interventions ou reportages médiatiques traitants de l’élection présidentielle.

Dans l’univers ultra médiatisé qui est le nôtre, où chaque action politique fait l’objet d’un décryptage précis de la part des experts en communication, de manière surprenante, les Français affirment que leur choix politique dépend de la lecture des programmes, c’est à dire de ce qui concerne les réformes prévues pour le pays.

En communication, cela appelle trois commentaires.

  • C’est d’abord une bonne nouvelle pour certains candidats qui se sont plaints de ne pas pouvoir s’exprimer dans les médias autant que d’autres. Les interventions médiatiques des uns et des autres sont jugées largement secondaires dans le résultat du sondage de cette semaine.
  • C’est ensuite la démonstration que les Français attendent de cette élection des idées et des projets de réformes, dont ils ont pu se sentir privés. Les critiques émises contre cette campagne parlant de « télé réalité » ne résistent donc pas à la lecture de ce sondage qui démontrent plutôt une forme de sagesse de la part des électeurs interrogés.
  • C’est, enfin, la preuve qu’il faut encore s’attendre dans le mois qui vient avant le premier tour à de possibles renversements de tendances et que tout est encore possible dans cette élection. En effet, comme le montre les résultats de la première question, il existe encore une forte volatilité des électeurs. De plus, les Français affirmant que c’est la lecture des programmes qui sera l’élément déclencheur de leur choix, signifie que la cristallisation des choix peut se faire jusqu’à la dernière minute précédent le vote.

Néanmoins, pour y parvenir, il faudra impérativement passer par la case médiatique pour espérer convaincre dans les 30 derniers jours l’opinion publique. Mesdames et messieurs les candidats, sortez les programmes !

 

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot dans « Le Grand Soir » pour « la Question de l’Eco » sur LCI
A propos de La Question de l’Éco :

À un rythme hebdomadaire, « La Question de l’Éco » est traitée tous les jeudis, en direct sur LCI, soit entre 19h45 et 20h30, soit entre 20h30 et 21h30, dans l’émission de Julien Arnaud et Rebecca Fitoussi « Le Grand Soir ». « Le Grand Soir », c’est au global deux heures d’informations politiques et économiques. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, Nicolas Boudot ou Guillaume Jubin, Associés chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.