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Émission Intervention

Nicolas boudot sur LCI pour « La Question de l’Eco » Un gouvernement et un Premier ministre qui doivent assumer une stratégie de communication intensive pour espérer impacter l’opinion publique

Analyse du sondage du 18 mai 2017

Q1 : Approuvez-vous le choix d’Emmanuel Macron de nommer Edouard Philippe Premier ministre ?

  • Sous total « approuve » : 44 %
  • Sous total « désapprouve » : 19 %
  • Ne se prononce pas : 37 %

Q2 : Etes-vous très satisfait, assez satisfait, assez mécontent ou très mécontent de la composition du nouveau gouvernement ?

  • Sous total « satisfait » : 43 %
  • Sous total « mécontent » : 23 %
  • Ne se prononce pas : 34 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 44% des Français interrogés approuvent la nomination d’Edouard Philippe comme Premier ministre (37% ne se prononcent pas ; 19% la désapprouvent).

Edouard Philippe, Premier Ministre nommé lundi dernier, suscite presque autant d’approbations que d’interrogations. En effet, 44% des Français interrogés approuvent sa nomination, ils sont 37% à ne pas se prononcer, par méconnaissance de sa personnalité. D’un point de vue pratique, cela lui laisse une marge de manœuvre considérable dans la construction de son image publique. En dehors des cercles de pouvoirs et des experts qui le suivent depuis ses débuts en politique auprès d’Alain Juppé, Edouard philippe n’est pas très connu. Il était maire du Havre depuis 2010 et député sous la précédente mandature.

Ce relatif anonymat est plutôt une bonne nouvelle pour le Premier ministre qui doit désormais construire construire, densifier et crédibiliser son image. Pour cela, il devra mener à bien les missions fixées par Macron d’une part et réussir d’autre part à gagner les élections législatives des 11 et 18 juin prochains, comme chef de file de la République en Marche, afin de disposer d’une majorité, même relative, à l’Assemblée nationale.

Toutefois, les deux conditions de nature politique exprimées précédemment seront nécessaires mais pas suffisantes pour assurer une réussite totale au nouveau Premier ministre. Celui-ci devra également réussir sa communication politique pour s’imposer positivement et durablement auprès des Français. Il devra éviter un écueil majeur d’image : le risque du sentiment de clonage entre le président de la République et le Premier ministre.

C’est ce même sentiment qui avait abîmé le début du quinquennat précédent, avec un président de la république, François Hollande et un Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, trop proches à tous égards. C’est aussi une situation similaire qui avait conduit au clash, à l’été 76, Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, 18 mois après sa nomination.

C’est un risque que les deux têtes de l’exécutif peuvent craindre. En effet, ils ont énormément de points communs : proches aussi bien d’un point de vue générationnel qu’académique. Le président et le Premier ministre sont tous les deux énarques, nouveaux dans le paysage politique, férus de philosophie et de littérature et naviguent sur des fleuves idéologiques semblables.

Ainsi, Edouard Philippe a commencé à s’affirmer dès son discours de prise de fonction, il doit durablement incarner une idéologie assumée, mettre en avant sa propre identité pour espérer durer et installer des marqueurs symboliques forts de différenciation, mais en toute loyauté, dans le débat politique.

Le deuxième tour des élections législatives est dans un mois. C’est peu à l’échelle de la marche du monde, c’est beaucoup dans le tempo médiatique de 2017.

Q2 : 43% des Français interrogés se disent satisfaits de la nomination du nouveau gouvernement (23% se disent mécontents, 34% ne se prononcent pas).

Comme pour le Premier ministre, le gouvernement composite, né de la volonté d’Emmanuel Macron de gouverner avec la gauche, la droite et des représentants de la société civile, suscite autant d’approbations (43%) que d’interrogations (34% ne se prononcent pas).

Le Gouvernement devra faire la démonstration dans les prochains jours de sa capacité à faire travailler et fonctionner ensemble des personnalités venues d’univers ou de partis très différents. Ils devront éviter les couacs de communication et les cafouillages afin de rendre tangible la volonté d’Emmanuel Macron de transcender les clivages et les idéologies. C’est donc à un exercice de communication intense que doit se livrer le gouvernement, sous le contrôle du président de la République. Celui-ci a d’ailleurs compris par expérience les risques d’images induits par la nécessité pour les ministres de communiquer. C’est pourquoi, il a fixé des règles drastiques de solidarité gouvernementale et de gestion de la communication gouvernementale à l’occasion du premier conseil des ministres ce matin même.

Ces règles doivent pouvoir aider le gouvernement à franchir les écueils de communication qu’il va trouver sur son chemin. En effet, ces règles de rareté et d’organisation gouvernementale des prises de paroles visant à éviter la cacophonie et donc les couacs doivent, théoriquement, placer le gouvernement dans une posture de « déclencheur » médiatique et non plus dans une situation de « réaction » aux pressions médiatiques, comme cela avait été souvent le cas sous les deux quinquennats précédents (périodes coïncidant par ailleurs à l’émergence des chaînes d’information en continu et des réseaux sociaux).

En se proclamant « maître des horloges », Emmanuel Macron devient également « maître de l’agenda et de la programmation médiatiques ». Cette volonté de renouer avec la rareté médiatique qui avait été la marque de Mitterrand et Chirac, lui permet de valoriser son discours et de mécaniquement susciter un intérêt supérieur de l’opinion publique dès qu’il prend la parole.Ce faisant, il rompt avec ses deux prédécesseurs immédiats (Nicolas Sarkozy saturait l’espace médiatique et François Hollande était devenu son propre conseiller en communication et son propre porte-parole en ayant des contacts directs réguliers avec les journalistes).

Toute la question pour le gouvernement sera de savoir s’il pourra résister à la pression exercée par les médias qui ont intrinsèquement besoin de contenus et qui ont dès ce matin fait part au porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner de leurs interrogations sur les règles de travail du gouvernement en matière de communication.

Une fois de plus, que l’on en abuse ou que l’on soit parcimonieux, la réussite politique est avant tout un exercice de communication.

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot dans « Le Grand Soir » pour « la Question de l’Eco » sur LCI
A propos de La Question de l’Éco :

À un rythme hebdomadaire, « La Question de l’Éco » est traitée tous les jeudis, en direct sur LCI, soit entre 19h45 et 20h30, soit entre 20h30 et 21h30, dans l’émission de Julien Arnaud et Rebecca Fitoussi « Le Grand Soir ». « Le Grand Soir », c’est au global deux heures d’informations politiques et économiques. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, Nicolas Boudot ou Guillaume Jubin, Associés chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.