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Communiqué

Sondage pour « La Question de l’Eco » Quel que puisse être le résultat de l’élection présidentielle, il ne mettra pas fin à la défiance des Français pour les élites politiques

Sondage du jeudi 27 avril 2017 + analyse

Q1. Si Emmanuel Macron est élu président de la République, qui souhaitez-vous qu’il nomme comme Premier ministre ?

  • Christine Lagarde : 13 %
  • Jean-Louis Borloo : 12 %
  • François Bayrou : 11 %
  • Manuel Valls : 5 %
  • Gérard Collomb : 4 %
  • Laurence Parisot : 2 %
  • Richard Ferrand : 2 %
  • Une autre personnalité (*) : 10 %
  • Aucun de ceux-ci : 39 %
  • NSP : 2 %

(*) Autres personnalités citées mais dans des proportions non significatives statistiquement : François Baroin, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Jean-Yves Le Drian, Benoît Hamon, François Fillon.

Q2. Marine Le Pen a proposé de revenir au franc et de le faire coexister avec une « monnaie commune ». En France, les échanges seraient réalisés en Franc. Avec les pays européens et les autres pays, les échanges seraient réalisés en euro. Cette proposition vous semble-t-elle… ?

  • Sous total « réaliste » : 19 %
  • Sous total « pas réaliste » :  80 %
  • NSP : 1 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : En cas de victoire d’emmanuel Macron, 39% des Français interrogés ne souhaitent aucune des personnalités proposées par l’institut de sondage Opinionway comme Premier ministre

Une victoire électorale semble promise à l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande. Nous ne reviendrons pas ici sur les circonstances et les rebondissements politiques qui lui ont permis d’atteindre cet objectif. Il conviendra, dans les semaines qui viennent et rétrospectivement à la campagne, d’étudier la stratégie de communication qu’il a mise en œuvre pour parvenir au deuxième tour et être crédité de 60% d’intentions de vote de la part des différents instituts de sondage pour le second tour, au lendemain du débat télévisé de l’entre-deux tours, qu’il a par ailleurs largement dominé. Ceci posé, des questions essentielles à la compréhension de la vie politique demeurent, qui intéressent les électeurs : Quel Premier ministre et quel gouvernement nommer par le président de la République Macron, en cas de victoire ? Qui pour mener, au moins jusqu’aux législatives, les premières actions politiques ? Qui pour conduire la campagne des législatives de juin 2017 au nom de « En Marche » ou d’une quelconque majorité présidentielle créée ex nihilo après le 7 mai ?

Ce sont ces questions en creux que nous avons posées dans le sondage Opinionway pour LCI et Tilder de cette semaine en demandant quel Premier ministre était souhaité par les Français en cas de victoire de Macron. Si les réponses sur les personnalités permettent de dégager 3 personnalités venues du centre et de la droite, il s’avère qu’une majorité de Français souhaitent qu’aucune des personnalités citées ne soient nommées (39%), le chiffre monte à 49% si l’on ajoute la liste des autres personnalités citées spontanément par les personnes interrogées. On peut tirer deux enseignements de ce sondage, dont il est délicat de savoir lequel prime sur l’autre.

D’abord, il faut voir le signal envoyé par l’opinion publique en direction du futur Président, voire une préfiguration des résultats des législatives. En effet, au vu de notre sondage, les Français aspirent plutôt à la nomination d’un Premier ministre venu de la droite, ou d’un satellite de la droite. En effet, ce sont Christine Lagarde et Jean-Louis Borloo, anciens ministres des Présidents Chirac et Sarkozy qui sont les plus cités, juste devant François Bayrou (qui fut élu maire de Pau grâce au retrait du candidat LR). C’est la confirmation des enquêtes d’opinion qui considèrent, chiffres à l’appui, que le pays est plutôt orienté à droite. Il ne faut pas non plus négliger l’effet « rattrapage » de la part des électeurs qui se sont détournés du candidat François Fillon entre février et avril 2017. Il sera intéressant de voir comment Emmanuel Macron interprétera ce signe et y répondra, une fois nommé.

Au-delà, le chiffre de 39% de Français demandant une autre personnalité, doit être considéré comme un signe supplémentaire de la volonté de changement de paradigme politique. Peut-être est-ce là la possibilité pour Emmanuel Macron de faire œuvre une fois de plus de l’esprit transgressif qui a conduit son action depuis la création de son mouvement, puis à sa démission du gouvernement. Il a la possibilité, en une nomination, de refermer le couvercle sur un monde politique qui est rejeté par une majorité de Français interrogée. Il dispose de tous les critères de personnalité pour réussir a conduire la campagne qu’il fallait pour incarner la rupture politique avec l’ancien monde. Le seul hic, c’est que pour imposer durablement cette transformation politique et avoir les marges de manoeuvres suffisantes, il devra obligatoirement remporter les élections législatives en juin… vaste défi.

Q2 : 80 % des Français interrogés pensent que le retour au franc et la coexistence de deux monnaies n’est pas réaliste.

A quelques heures du second tour de l’élection présidentielle, il apparaissait important de sonder l’opinion publique sur une mesure phare du programme de Marine le Pen : l’abandon de l’Euro. Cette mesure a été retouchée après le premier tour pour la raison politique suivante : la candidate a compris que cette mesure était un repoussoir pour une grande partie de l’électorat de droite et compromettait mécaniquement une partie importante des reports de voix venant de ses opposants politiques, impératifs à son élection. Pour briser le plafond de verre et espérer gagner, elle a dû en urgence « recalibrer » cette proposition phare de son programme afin de la rendre acceptable par une part plus large du corps électoral. C’est pourquoi, plutôt que de sortir de l’Euro, elle a proposé la coexistence de deux monnaies. Le Franc pour les transactions en France, l’Euro pour les transactions extra territoriales. Les Français interrogés considèrent à une très large majorité que cette proposition est irréaliste (80%).

Ce résultat s’explique en communication politique de deux manières : par le manque de pédagogie en amont et par l’accusation d’impréparation qui en découle. En effet, ce résultat est d’abord la preuve qu’au cours de la campagne présidentielle, qui a commencé pour elle il y a plusieurs années, Marine le Pen n’a pas réussi à imposer ce projet de sortie de l’Euro dans le débat public de manière assez puissante pour entrainer l’adhésion d’une partie plus importante des électeurs que le noyau dur qui compose habituellement son électorat. Devoir modifier une mesure aussi importante de son programme à quelques jours du scrutin est la preuve d’un manque de pédagogie globale sur la mesure et sur son acceptation par l’opinion publique.

Ensuite, cette édulcoration de la mesure, pourtant présentée comme une mesure phare articulant le programme économique tout entier de la candidate, a créé un sentiment de flou dans le débat public. Par ailleurs, cette forme d’impréparation a été matérialisée par la mauvaise défense de cette mesure à l’occasion du débat d’entre deux tours. Marine le Pen a eu toutes les peines du monde à expliciter l’organisation matérielle d’une telle mesure de coexistence de deux systèmes monétaires.

La réponse claire des Français interrogés, rejetant nettement la proposition, agit comme un révélateur du flou entourant la proposition de la candidate.

 

Intégralité du sondage