YouTube Twitter Linkedin Nous contacter fr Navigation
TilderNews On Demand
Communiqué

Sondage pour « La Question de l’Eco » Une communication gouvernementale qui joue l’opinion contre les patrons

Questions du sondage du jeudi 19 mai

Q1 : Actuellement, les actionnaires des entreprises sont uniquement consultés sur le montant des salaires des dirigeants. François Hollande souhaite que le vote des actionnaires soit désormais contraignant, c’est-à-dire qu’ils puissent accepter ou refuser le montant des salaires des dirigeants.
Diriez-vous qu’il s’agirait d’une bonne ou d’une mauvaise mesure ?

  • Sous total « bonne mesure » : 82 %
  • Sous total « mauvaise mesure » : 16%
  • NSP : 2 %

Q2 : Selon vous, quelle doit être la priorité du gouvernement dans les mois qui viennent ?

  • Baisser les impôts payés par les ménages : 42 %
  • Baisser les impôts payés par les entreprises : 14 %
  • La baisse des impôts n’est pas la priorité : 43 %
  • NSP : 1 %

Intégralité du sondage

(Au vu des évènements tragiques du jeudi 19 mai, le sondage n’a exceptionnellement pas été commenté sur LCI dans la « Question de L’Eco ».)

Analyse du sondage par Nicolas Boudot, Associé chez Tilder

Q1 : 82% des Français interrogés considèrent que rendre contraignant le vote des actionnaires d’une entreprise dans le cadre de la fixation des salaires des dirigeants est une bonne mesure.

Il y a en France un débat récurrent qui touche au salaire des dirigeants d’entreprise et qui est constitutif d’autant de polémiques. On peut d’ailleurs constater que ces polémiques naissent régulièrement au sujet des rémunérations des présidents des constructeurs automobiles.

Cette semaine, c’est le salaire du président de Renault, Carlos Ghosn, qui a donné lieu à une nouvelle polémique, que le président de la République a lui-même commentée, en proposant de légiférer afin de rendre contraignant le vote des actionnaires – alors même qu’aujourd’hui ce vote est simplement consultatif – si le patronant ne réforme pas son propre code de bonne conduite, le code AFEP MEDEF. En effet, début mai, les actionnaires de Renault avaient voté contre la hausse du salaire de Carlos Ghosn, sans que ce vote non contraignant ne soit suivi d’effet.

En annonçant, tour à tour, leur volonté de légiférer pour rendre contraignante la décision des conseils d’administration, François Hollande et Manuel Valls jouent une partition de communication à trois temps et trois cibles :

  • D’abord, ils jouent l’opinion publique contre les dirigeants d’entreprises. En communication, cette partie là est gagnée d’avance, tant le reflexe de l’opinion publique est de toujours vouloir limiter et contrôler les salaires des dirigeants d’entreprise. Les résultats du sondage de ce jour sont un témoignage supplémentaire.
  • Ensuite, ils jouent l’opinion publique contre Emmanuel Macron qui s’est prononcé pour le maintien du code Afep Medef en l’état, en considérant qu’un tel encadrant des salaires nuirait à la compétitivité de la France à l’international (empêchant des étrangers de venir diriger des entreprises en France ou poussant des entreprises à la délocalisation).
  • Enfin, en brandissant le spectre d’une loi, le couple exécutif met la pression sur le patronat en l’obligeant à prendre une position publique sur le sujet.

Sur les trois points, c’est une pleine réussite de communication puisque l’opinion publique soutient massivement le président de la République et le Premier ministre, comme toujours sur ces questions, sans que jamais un projet de loi n’ait à ce stade vu le jour. D’abord parce qu’une telle loi ne viserait que quelques dirigeants français, qui se comptent sur les doigts des deux mains et jetterait l’opprobre sur les dirigeants de PME et de TPE en France qui représentent plus de 99% des chefs d’entreprises pour un salaire mensuel médian de 4 500 Euros.

Q2 : 43% des Français interrogés considèrent que la baisse des impôts n’est pas la priorité.

Le résultat de ce sondage est une vraie surprise. En effet, pour la 1ère fois depuis le mois de mars 2014, date du dernier sondage sur le sujet, les Français interrogés considèrent que la baisse des impôts n’est pas une priorité actuelle. Certes, la différence des résultats est dans la marge d’erreur, mais elle exprime une tendance nette entre mars 2014 et mai 2016 où la nécessité de la baisse de l’imposition des ménages était à son apogée (58 % des Français interrogés).

Les esprits chagrins pourront considérer que ces résultats montrent que les Français s’habituent à tout, car les impôts n’ont pas pour autant baiss2 depuis deux ans. Il n’en demeure pas moins qu’en communication ce sujet montre deux choses :

  • D’abord, que la règle, selon laquelle « communication is repetition », est vérifiée par ce sujet. En effet, l’affirmation du « ras-le-bol » fiscal, exprimé en premier lieu par Pierre Moscovici, qui avait suivi la mobilisation médiatique dite des « pigeons », a eu un impact important dans l’opinion publique. Cet impact s’est étiolé avec le temps, faute de rappels et de suivi.C’est donc ici une leçon de communication qui nous est offerte, qui démontre la nécessité de penser les stratégies de communication sur le long terme pour qu’elles puissent avoir un impact significatif dans l’opinion publique. Penser le temps long en communication, plutôt que de mener des actions « coup de poing » qui provoquent le buzz et s’oublient aussitôt, tel devrait être le credo des communicants s’ils veulent imposer un point de vue durable dans le débat public tant l’opinion publique est versatile.
  • Ensuite et sur le fond, d’autres préoccupations mobilisent les Français. Pour exemple, la lutte contre le terrorisme, qui nécessite des efforts financiers supplémentaires, a manifestement été intégrée par l’opinion publique. La baisse des impôts devient, par construction, un sujet secondaire. Il n’en demeure pas moins vrai que nous approchons du temps des promesses électorales présidentielles et qu’avec lui viendra mécaniquement le temps des promesses de baisse des impôts… En politique aussi « communication is repetition ».