À propos de La Question de l’Éco : À un rythme hebdomadaire, « La question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, associé de Tilder ou Nicolas Boudot, Directeur chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.

Q1 : Pensez-vous que réduire la durée des indemnités chômage inciterait les chômeurs à reprendre plus rapidement un emploi ?

  • Sous total « oui » : 60%
  • Sous total « non » : 39 %
  • NSP : 1 %

Q2 : Selon vous, les allocations familiales doivent être versées… ?

  • En les modulant selon les revenus de la famille : 77%
  • A toutes les familles de manière identique, sans conditions de revenus : 23%

ANALYSE DE NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 60% des Français interrogés considèrent que la réduction de la durée des indemnités chômage inciterait les chômeurs à reprendre plus rapidement un emploi.

L’annonce de Manuel Valls devant les traders de la City de Londres de rouvrir le dossier de l’« indemnisation du chômage » en mettant en œuvre une forme de dégressivité est reçue favorablement par les Français. Ce faisant, le Premier ministre se réapproprie une requête ancienne du patronat français et pour tout dire, une revendication que l’on attendrait plutôt de la part d’un Premier ministre venu de la droite de l’échiquier politique.

Ces propos ont été vite recadrés par le Président de la République lui-même, depuis Milan où il se trouvait en déplacement. En communication, ce résultat amène trois commentaires.

  • D’abord que le Premier ministre comme le Président de la République ont chacun rompu avec un adage : il est de tradition de ne pas faire d’annonce sur des sujets de «politique intérieure» lors des déplacements à l’étranger.
  • Ensuite, ce « recadrage » à mots couverts du Président de la République à l’endroit du Premier ministre est considéré par les observateurs comme le premier couac sérieux entre les deux têtes de l’exécutif. Il faut plutôt lire cette situation comme une répartition des rôles entre le couple exécutif. A l’un le rôle du méchant qui fait des annonces libérales, à l’autre le soin de rassurer sa majorité. Il s’agit ici d’une communication polyphonique qui permet à l’ensemble des ailes de la majorité parlementaire de se retrouver. De plus, cette méthode permet au gouvernement de tester une idée dans l’opinion sans risquer de créer de polémique durable avec une partie ou l’autre de la majorité parlementaire qui a montré récemment des signes de volonté émancipatrice avec le gouvernement.
  • Enfin, ce résultat montre que les Français sont en train d’opérer une révolution copernicienne sur la question du chômage. On considère souvent la France comme un pays qui préfère, par tradition sociale, faire peser les conséquences du chômage sur l’Etat par le versement d’indemnités importantes… Ici, en considérant que la réduction des indemnités des chômeurs les inciterait à reprendre un emploi plus rapidement, les Français interrogés font peser une partie de la responsabilité du chômage sur les chômeurs eux-mêmes… Le changement de paradigme sur l’indemnisation du chômage en France, c’est peut-être maintenant.

Q2 : Trois-quarts des Français considèrent que les allocations familiales doivent être versées en fonction du niveau de revenus des ménages

Le sondage OpinionWay pour LCI et Tilder montre qu’une très forte majorité des Français interrogés, accepte de revenir sur l’un des fondements de la politique familiale, soit le principe de l’universalité des prestations familiales. Depuis 1945, ce pilier de la politique familiale prône le découplage entre le niveau de revenus et le montant des prestations perçues : les Français touchent des allocations familiales en fonction du nombre d’enfants qu’ils ont, sans condition de revenus.

Alors que pour réaliser les 700 millions d’euros d’économies en matière de prestations sociales nécessaires au projet de la loi de finances pour la Sécurité sociale de 2015, le gouvernement propose des mesures impopulaires (réduction du congé parental pour les femmes et son élargissement pour les hommes, division par trois de la prime à la naissance à partir du deuxième enfant ou encore la fin de la majoration d’allocation pour les enfants entre 14 ans et 16 ans, etc.), les députés PS, sous l’égide de Bruno Le Roux, proposent une autre solution : la modulation du versement des allocations familiales en fonction du niveau de revenus des ménages.

En communication, cette proposition de loi issue du groupe PS de l’Assemblée nationale, est clairement une main tendue vers le pouvoir exécutif et en premier chef, François Hollande.  Aujourd’hui, le Président considère que cette question est « en discussion » mais qu’elle n’est « pas retenue ». La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine estime qu’il y a un consensus favorable à la modulation des allocations familiales en France.

Si cette initiative de l’aile gauche de l’Assemblée nationale est retenue par le gouvernement dans l’établissement du PLFSS de 2015, elle deviendrait de fait le symbole d’une réconciliation entre l’Elysée et le palais Bourbon. Réconciliation tant attendue après une rentrée politique entachée de tensions entre l’Exécutif et le groupe majoritaire à l’Assemblée.

Les débats parlementaires sur le projet de loi de finances et sur le PLFSS de 2015 montreront vite si cette réconciliation est durable ou non.

 Visionner l’intervention de Nicolas Boudot