À propos de La Question de l’Éco : À un rythme hebdomadaire, « La question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, associé de Tilder ou Nicolas Boudot, Directeur chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.

Q1 : Pensez-vous que l’assouplissement des seuils sociaux (qui oblige aujourd’hui les entreprises dès 10 salariés à avoir un délégué du personnel et dès 50 salariés à créer un comité d’entreprise) permettrait de créer des emplois ?

 

·       Sous total « OUI » : 44 %

·       Sous total « NON » : 56 %

 

Q2 : Selon vous, si le déficit public ne baisse pas cette année, c’est avant tout la faute de … ?

 

·       La politique du gouvernement : 70 %

·       La crise économique en Europe : 30 %

 

 

ANALYSE DE NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

 

L’assouplissement des seuils sociaux ne permettrait pas de créer des emplois pour 56% des Français interrogés.

 

Une majorité de Français interrogés cette semaine, ne considèrent pas que l’assouplissement des seuils sociaux contribuerait à créer de l’emploi. Cette majorité est renforcée lorsque l’on pose cette question aux salariés, puisqu’ils sont 60% à estimer que cette mesure ne serait pas génératrice d’emplois.

 

Ce chiffre peut s’expliquer par la volonté des Français de se sentir protégés et rassurés en période de crise. Cette crise, qui depuis 2008 frappe de plein fouet les salariés de la majorité des secteurs de l’économie, donne aux acquis sociaux un rôle protecteur apprécié par les Français.

 

Le sondage d’aujourd’hui montre que les Français ne valident pas la vision dite « sociale libérale » du gouvernement. En effet, en juillet dernier, François Rebsamen, ministre du Travail avait posé le cadre d’une discussion autour d’un « lissage » des seuils sociaux. Ce terme neutre, pensé pour ne heurter ni le patronat ni les syndicats mais pour ouvrir le dialogue, n’a pourtant pas infusé dans le débat public. Les affaires privées, judiciaires ou fiscales dans lesquelles est impliqué le gouvernement ou le Président, ont sans-doute brouillé les grands messages de l’exécutif.

 

Or cette rentrée, déjà ratée en matière de communication, car polluée par des affaires privées et fiscales est capitale pour l’exécutif. Dans un moment où les Français ont plus que jamais besoin d’un cap précisément défini, il apparaît urgent que le gouvernement passe de la perception d’une communication de défense autocentrée à la démonstration de la prise en compte des préoccupations quotidiennes des Français.

 

Si le déficit public ne baisse pas cette année, c’est avant tout la faute de la politique du gouvernement selon 70% des Français.

 

Les Français interrogés imputent massivement la stagnation du déficit public à la politique du gouvernement (70%). Force est de constater qu’il aurait difficilement pu en être autrement. L’impopularité du Président de la République et le « Hollande bashing » sont à leur apogée. Les  députés frondeurs deviennent une force d’opposition crédible, au moins médiatiquement. Les multiples affaires privées ou judiciaires ternissent chaque jour un peu plus l’image de l’exécutif.

 

Dans ce contexte, quelle que soit la qualité de la nouvelle équipe gouvernementale en place, les Français sanctionnent a priori le gouvernement. Quelle que soit la question posée, le gouvernement est aujourd’hui considéré comme un « coupable de fait ». Cette situation est aggravée par l’accumulation de mauvaises nouvelles économiques. Cela fait deux ans que l’on demande un effort fiscal aux Français qui n’en voient pas les bénéfices.

 

Pourtant, Pierre Moscovici, fraîchement nommé Commissaire européen aux Affaires économiques, avait affirmé pendant la campagne présidentielle de 2012, que le déficit public retomberait sous la barre des 3% en 2013. Il est désormais demandé aux Français de patienter jusqu’en 2017, c’est à dire pendant le prochain quinquennat, pour atteindre cet horizon budgétaire.

L’enjeu est désormais de savoir si Pierre Moscovici sera un allié de poids à Bruxelles pour justifier la politique mise en œuvre, à moins qu’il ne soit contraint de donner des injonctions au gouvernement et de critiquer ainsi la politique à qu’il a contribué à mettre en place.

 

Il n’en demeure pas moins qu’avec le remaniement et notamment avec la nomination d’Emmanuel Macron, Manuel Valls dispose d’un gouvernement dont les postes clés sont occupés par ses proches, par des ministres en accord avec sa ligne politique, et donc par des personnes qui sauront sans mal défendre et crédibiliser la ligne « sociale libérale ».

 

Du point de vue des enjeux de communication, Manuel Valls a désormais toutes les cartes en mains. En communication, son discours de politique générale du 16 septembre prochain est déjà un tournant. Il constitue une opportunité pour une « nouvelle rentrée » qui gommerait les atermoiements qui agitent le monde politique depuis la fin du mois d’août. Si le premier Ministre manque ce rendez-vous à l’Assemblée nationale, si son discours devait décevoir, si les résultats économiques n’étaient pas rapidement constatés, il resterait peu de recours institutionnels pour sortir de la crise. Ce discours est très attendu : tous derrière et lui devant ?

 

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