À propos de La Question de l’Éco : À un rythme hebdomadaire, « La question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, associé de Tilder ou Nicolas Boudot, Directeur chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.

 

* 60% des Français interrogés considèrent que le Premier ministre a eu raison de suspendre « l’écotaxe » *

Q1 : Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a-t-il eu raison ou tort d’annoncer la suspension de l’écotaxe ?

  •  Sous total « A eu raison » : 60 %
  • Sous total « A eu tort » : 39 %
  • NSP : 1 %

Q2 : Etes-vous très satisfait, assez satisfait, assez mécontent ou très mécontent de la politique économique et sociale du gouvernement de Jean-Marc Ayrault ?

  • Sous total « Satisfait » : 17 % (- 6 points par rapport à septembre 2013)
  • Sous total « mécontent » : 82 % (+ 7 points par rapport à septembre 2013)
  • NSP : 1 %

 

ANALYSE DE NICOLAS BOUDOT, DIRECTEUR CHEZ TILDER

Suspension de l’écotaxe : 60% des Français interrogés satisfaits de la décision du Premier ministre.

Le sondage OpinionWay pour LCI et TILDER de cette semaine donne une large majorité aux Français qui jugent favorablement la décision du Premier ministre de suspendre l’écotaxe. Le message d’apaisement du Premier ministre, après un week-end de graves affrontements entre les forces de l’ordre et des agriculteurs bretons, est favorablement reçu.

En matière de communication, ce résultat appelle deux commentaires :

  • En cédant à la rue et finalement à la violence exprimée, le Gouvernement montre un signe d’affaiblissement aux Français. Les opposants aux réformes risquent désormais d’avoir le réflexe du durcissement et du rapport de force permanent pour faire plier le Gouvernement.
    En communication, il est toujours difficile de compenser ce type de signal de faiblesse autrement que par un excès d’autorité sur des sujets périphériques…
  • Au-delà de ce premier constat, il est frappant que les arguments sur les conséquences économiques et budgétaires de la suspension de cette écotaxe n’aient été audibles qu’après l’annonce de la suspension.

En effet, les quatre arguments massues dont disposait le Gouvernement pour obtenir un soutien de l’opinion publique n’ont été utilisés par le pouvoir exécutif et ses soutiens qu’une fois l’annonce faite de la suspension du dispositif :

  1. la suspension ne gèle pas l’obligation de l’Etat de rembourser à la société Euromouv’, opératrice du dispositif : 15 millions d’euros par mois pendant 12 ans ;
  2. la suspension ne permet pas à l’Etat de percevoir les gains attendus par la taxe : 1 milliard d’euros par an ;
  3. il existe une clause entre l’Etat et Euromouv’ qui garantit le versement de 800 millions d’euros à la société opératrice en cas de suppression de la taxe ;
  4. Ce manque à gagner devra être compensé dans la loi de finances.

C’est la preuve du manque de coordination de la communication du pouvoir exécutif sur les questions économiques et fiscales et de son manque de relais et d’ambassadeurs médiatiquement crédibles sur le terrain économique.

En se concentrant sur les manifestations sans avoir construit une argumentation solide de présentation du dispositif de « l’écotaxe », de ses  objectifs et des conséquences budgétaires de son retrait ou de sa suspension, le Gouvernement a raté cette séquence de communication et apparaît aujourd’hui encore plus affaibli qu’il n’était auparavant…

 

82% des Français ne font pas confiance à la politique du Gouvernement.

 En un mois, la confiance dans la politique économique du Gouvernement a chuté de 7 points pour atteindre 82% de mécontentements, son plus mauvais score depuis la formation du Gouvernement en mai 2012.

Cette situation globale s’explique en communication par le gouffre existant entre le discours du Gouvernement et la réalité constatée par les Français dans leur quotidien. Finalement, le logiciel de communication Gouvernemental a peu évolué depuis la campagne présidentielle de 2012 où le candidat Hollande affirmait que la crise économique était moins grave que ce que le Gouvernement de l’époque affirmait…

D’une manière plus précise, la baisse spectaculaire de ce mois d’octobre s’explique par la cacophonie qui fait office de méthode de communication sur la politique économique, sociale et fiscale du Gouvernement. Ainsi, le fossé de communication continue de se creuser entre le Gouvernement et les citoyens qui ne comprennent pas la politique menée :

La reprise économique annoncée est invisible pour l’opinion publique ; chaque hausse d’impôt annoncée renforce le « ras-le-bol fiscal » qui a poussé les agriculteurs bretons dans la rue, les multiples annonces de plans sociaux depuis le début de l’année s’ajoutent au contrecoup du bug informatique du mois dernier qui a conduit le Gouvernement à se réjouir trop vite d’une baisse significative du chômage… qui cachait en fait une hausse massive.

La communication économique du Gouvernement n’est pas organisée, elle manque de cap, perpétuellement poussée par des vents contraires, en fonction des circonstances du jour ou du public visé.

Pour être enfin efficace, la communication ne doit plus être tournée vers l’intérieur du Gouvernement ou la majorité parlementaire, mais vers les Français.

Le président de la République avait promis un choc de simplification lors d’une interview télévisée il y a quelques semaines, c’est un électrochoc de compréhension que les Français attendent.

Un électrochoc de pédagogie qui fixe un cap ;

Un électrochoc de leadership qui définisse une ligne politique claire ;

Un électrochoc de communication construit sur un discours partagé.

http://youtu.be/oiP6PMF1Chs