Alors que le e-G8 s’apprête à réunir les 24 et 25 mai 2011 prochains, les grands acteurs internationaux de l’économie numérique, deux jours avant l’ouverture officielle du G8 à Deauville, l’engouement pour les forums -politique, économique, ou sociétal- ne semble pas faiblir.

Ces rendez-vous internationaux circonscrits dans l’espace et le temps ont pour ambition de rassembler des experts sur une problématique donnée. Ils sont l’occasion de confronter des points de vue et de brasser des idées en vue de formuler des propositions concrètes pour faire évoluer la société.

La multiplication de ces sommets témoigne du succès de ce format auprès des organisateurs, des intervenants et des participants. Cependant, elle nous invite aussi à nous interroger sur la portée de ces forums au-delà de ses limites spatio-temporelles, et sur leur capacité à faire évoluer le débat public.

Aude de Thuin, fondatrice de plusieurs forums et notamment du célèbre Women’s Forum, a accepté de répondre à nos questions.

Quelle est la valeur ajoutée des forums par rapport aux autres événements politiques, économiques ou sociétaux ?

 

Je pense que le forum est l’outil de demain parce qu’il est le fruit d’une réflexion collaborative !
Avant de monter un forum, je réfléchis toujours le sujet en collaboration avec d’autres personnalités. Ainsi, dans le cas du Salon sur l’Art du Jardin, j’ai mis en place un groupe de travail constitué de personnalités du monde du jardin : un historien, un paysagiste, un urbaniste, un designer, mais aussi un psychologue et un sociologue afin de réfléchir ensemble à la problématique et proposer une approche originale. Ce sont ces personnes extérieures qui m’inspirent, m’orientent et me challengent !
De la même façon, j’ai créé un board pour le Salon du Marketing Direct, en 1981, car je me suis rendue compte que seule je n’étais capable de rien !

 

Quels sont les objectifs concrets des forums ?

 

Il m’est difficile de parler pour les autres organisateurs.
Pour moi qui n’aime rien d’autre qu’analyser la société, en sociologue que j’aurais adoré être, j’ai toujours conçu mes forums pour analyser un phénomène de société en particulier. Je crée uniquement des forums pour faire avancer des sujets de société. Je crois que j’ai réussi avec le Women’s Forum.

 

La raison d’être d’un forum ne peut se réduire à un simple enjeu d’image. De toute façon, si c’était le cas d’un forum ou d’un autre, je pense qu’il ne résisterait pas bien longtemps…

 

Quelles sont les répercussions médiatiques de ces sommets ?

 

Il faut savoir que les répercussions médiatiques ne sont pas la première raison d’être d’un forum, sauf pour ses partenaires ! Je pense qu’un tel événement peut être utile pour démocratiser certaines idées, parfois novatrices, dans la société.

 

Je me souviens, lors du lancement du Women’s Forum, d’avoir demandé à notre bureau de presse de peu mentionner le forum et de le faire uniquement sur le contenu des échanges. Au-delà de toutes les attentes, nous avons rapidement été dépassés par l’intérêt de la presse pour ce sujet. Cet engouement s’explique sans doute par le fait que le Women’s Forum correspondait aux enjeux de l’époque.

 

De façon plus générale, je pense qu’avoir des articles de presse à l’issue du forum est un bon outil pour rendre l’information disponible au grand public. Ceci est d’autant plus important quand il s’agit d’un sujet comme celui du rôle des femmes dans l’économie et la société !

 

Par ailleurs, Internet est aussi un canal d’information majeur pour la compréhension du forum par le grand public car les conférences sont de plus en plus souvent retransmises en direct.

Pourquoi avoir créé le Women’s Forum ?

 

En 2000, je dirigeais avec beaucoup de bonheur l’Art du Jardin et Créations et Savoir-Faire, lorsque j’ai eu l’idée saugrenue de vouloir participer au World Economic Forum à Davos. J’ai donc envoyé un courrier sollicitant mon accréditation et n’ai jamais reçu de réponse. Je m’en suis ouverte à quelques amies femmes qui y participaient – je précise que ces amies qui allaient à Davos étaient toutes des patrons de très grandes entreprises ou occupaient des postes importants dans ces mêmes groupes – et j’ai compris pourquoi mon profil n’intéressait pas les organisateurs de Davos : j’étais d’une part une femme – à l’époque Davos n’avait que 4 à 5% de femmes participantes – et d’autre part, je dirigeais une PME, donc sans intérêt pour Davos. Cela m’a agacée et c’est ainsi que j’ai commencé à réfléchir à la création d’un forum de femmes, mais pas uniquement réservé aux femmes : le Women’s Forum est né.

 

Quelles évolutions concrètes le Women’s Forum a-t-il permis pour les femmes ?

 

Beaucoup de choses ont changé pour les femmes depuis la création du Women’s Forum. Si le gouvernement Jospin a fait adopter, dès 2000, une loi sur la parité, c’est le forum qui a poussé les hommes à se poser concrètement la question des femmes en politique. Par ailleurs, je pense pouvoir dire que le Women’s Forum a été, et est encore, à l’origine de la prise de conscience et de la création de structures dédiées aux femmes dans de nombreuses entreprises, de la promotion croissante des femmes aux postes à responsabilités et enfin, qu’il a permis le vote de la loi sur la parité dans les conseils d’administration.

 

Pour résumer sur les évolutions concrètes issues du Women’s Forum, il suffit d’analyser les avancées de la situation des femmes au cours des sept dernières années pour percevoir le phénomène de société déclenché par le forum.

 

Quelle est votre ambition pour le French Forum ?

 

Mon ambition pour le French Forum est, une fois de plus, de faire bouger les choses. Vous connaissez cette phrase de John Fitzgerald Kennedy: « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays » ?

 

Lors de mes nombreux voyages dans le cadre du Women’s Forum, j’ai été marquée par l’incrédulité des gens sur la vision négative que nous avions, nous Français, de notre pays, mais également par le fait que le monde entier nous enviait le fait d’être Français : confort de vie, beauté de notre pays, une des plus fortes productivités au monde, système social performant, un nombre incroyable de créateurs, un réseau d’écoles internationales, etc. Pourtant, en dépit de ces nombreux atouts, nous conservons une vision pessimiste de l’avenir…

J’espère qu’avec le French Forum nous parviendrons à faire bouger la vision des Français sur eux-mêmes, mais également à faire de ce forum un créateur de valeur pour la France, notamment par la qualité des participants conviés.

 

Ce forum adoptera un format original puisqu’il se déroulera en parallèle sur 3 plans distincts : dans la ville de Versailles qui accueillera le forum, en live sur Internet, et enfin dans une salle de cinéma de Versailles pour le grand public. C’est une nouvelle forme de forum, jamais organisée en France, et qui invitera, dès sa première édition en mars 2012, 4 pays phares (l’Allemagne, les Etats Unis, la Chine et l’Inde) ainsi que 6 régions françaises.


Interview réalisée par Emilie Humann et Servane Marion