Analyse du sondage du 28 avril 2016

Q1 : Pensez-vous que l’inversion de la courbe du chômage est désormais enclenchée ?

  • Sous total « oui » : 21 %
  • Sous total « non » : 78 %
  • NSP : 1 %

Q2 : Pensez-vous que l’amélioration des indicateurs économiques en France (croissance, chômage, déficit, etc.) est due avant tout… ?

  • A la conjoncture internationale : 68 %
  • A la politique menée par le gouvernement : 32 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 78% des Français interrogés considèrent que l’inversion de la courbe du chômage n’est pas enclenchée.

L’annonce par Myriam El Khomri des bons résultats en mars 2016 des chiffres du chômage n’a pas entraîné d’excès d’optimisme chez les Français interrogés. En effet, 78% considèrent que ces résultats ne sont pas pour autant le signe d’une inversion durable de la courbe du chômage.

Ce résultat, sans appel, amène immédiatement une double question : Est-ce un signe supplémentaire du pessimisme qui touche les Français depuis plusieurs années en ce qui concerne les sujets économiques et sociaux ? Ou est-ce un signe de prudence de la part de Français qui ne demandent qu’à être convaincus d’une reprise économique ?

En matière de communication, voici les réponses que l’on peut apporter à ces deux questions :

La prudence est naturelle tant les baisses des derniers mois ont été systématiquement minorées : bug informatique (bug SFR), changement de méthode de calcul, etc. Les Français savent donc rester prudents face à ce type d’annonce, à tel point que quelques minutes seulement après l’annonce des résultats, des infographies circulaient déjà sur les réseaux sociaux pour expliquer que cette baisse était artificielle et s’expliquait par un très grand nombre de radiations par Pôle Emploi.

De plus, Les Français regardent avec un peu de circonspection la baisse du chômage enregistrée, sachant que le Président de la République en a fait l’alpha et l’oméga de sa politique et de son avenir à l’Elysée.

Comme dans l’histoire de « Pierre et le Loup », à force d’avoir annoncé la baisse du chômage pour une date précise sans que les faits lui donnent raison, le gouvernement a usé les patiences. Les Français seront-ils en mesure d’identifier une baisse significative ? Il faudrait une baisse continue pour que les Français se mettent à croire que la reprise économique commence à livrer ses fruits en matière de création d’emplois (comme dans les pays de l’Union européenne limitrophes). De la même façon, pour le président de la République et le Gouvernement, l’enjeu politique est tel qu’ils devront attendre quelques mois, et une baisse continue, pour peut-être espérer renverser la mécanique politique qui les donne perdants aux élections présidentielles et législatives de 2017.

Q2 : 68% des Français interrogés considèrent que l’amélioration des indicateurs économiques en France est due avant tout à la conjoncture internationale.

C’est là un camouflet pour le gouvernement. Le gouvernement paye ici les nombreuses erreurs de communications politiques des quatre premières années du quinquennat qui ont décrédibilisé durablement sa parole.

De l’annonce de l’inversion de la courbe du chômage avant la fin de l’année 2013 qui ne s‘est jamais réalisée, à la fiscalité des ménages qui a donné lieu à l’épisode du « ras-le-bol fiscal » à la fin de l’année 2013, en passant par les actions à l’Assemblée nationale des frondeurs et la communication ratée autour de la mise en œuvre de la loi « Travail »… Ces exemples sont autant de petits cailloux dans la chaussure de la communication gouvernementale. Il n’est pas surprenant que les Français soient aussi réticents à donner crédit au gouvernement quant à l’amélioration de la situation économique.

C’est pour cela que le gouvernement a décidé de répondre à des lacunes de communication politiques par des actions de communication politiques. C’est le ministre de l’agriculture qui a ouvert la voie de l’action pédagogique gouvernementale en lançant le mouvement « Eh ho la Gauche » ce lundi. Le Premier ministre reconnaît, dans le journal Society à paraître demain, que le gouvernement a fait des erreurs ; c’est pour cela aussi que les membres du gouvernement ont saturé les ondes des radios du matin pour se féliciter dans le cadre du contrat record de commande de sous-marins par l’Australie et des bons chiffres du chômage.

Cette volonté de communication massive à vocation pédagogique risque pourtant de se heurter à quelques difficultés. D’ici quelques semaines, les médias seront entièrement concentrés sur la primaire du parti « Les Républicains » d’une part, les manifestations contre la loi El Khomri (dès aujourd’hui) et la cristallisation (dans le temps) des opposants de Nuit Debout d’autre part. Ces évènements sont autant de limites aux bonnes nouvelles économiques que la France a connues cette semaine.

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot pour « la Question de l’Eco » sur LCI
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L’ émission 100% décryptage de l’information après « la Question de l’éco » à laquelle participe un consultant de Tilder en débat avec un autre communicant et un éditorialiste.

A propos de La Question de l’Éco :

À un rythme hebdomadaire, « La Question de l’Éco » est traitée tous les jeudis, en direct sur LCI à 19 h 30, dans l’émission de  Julien ARNAUD : La newsroom. Après un tour de l’actualité, Julien ARNAUD donne la parole aux journalistes de la rédaction et à divers experts pour une analyse pointue des grands dossiers du jour. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, Nicolas Boudot ou Guillaume Jubin, Associés chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.