Analyse des questions du sondage du 23 février 2017

Q1 : La proposition d’alliance de François Bayrou à Emmanuel Macron vous donne-t-elle plus envie de voter pour lui, moins envie de voter pour lui ou ne change rien à votre choix ?

  • Plus envie : 13%
  • Moins envie : 14%
  • Ne change rien : 72 %
  • NSP : 1 %

Q2 : Selon vous, lesquels de ces enjeux devraient en priorité faire l’objet de débat entre les candidats à la présidentielle ?

  • La lutte contre le chômage : 62 %
  • La sécurité / la lutte contre le terrorisme : 48 %
  • L’amélioration du pouvoir d’achat : 45 %
  • La protection sociale : 43 %
  • L’immigration : 42 %
  • L’éducation, la formation professionnelle :41 %
  • La fiscalité : 29 %
  • L’environnement : 28 %
  • Le place de la France dans le monde : 19 %
  • Un autre enjeu : 4 %
  • Aucun de ces enjeux : 5 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 72% des Français interrogés considèrent que la proposition d’alliance de François Bayrou à Emmanuel Macron ne change rien à leur choix de voter ou non pour ce dernier (14% disent avoir moins envie de voter pour lui, 13% avoir plus envie de voter pour lui).

Après le renoncement de François Hollande, les éliminations de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Manuel Valls, le grand exercice de recomposition du paysage politique continue de faire des dégâts parmi les personnalités qui avaient pourtant occupé le devant de la scène politique ces 25 dernières années. Dernier en date, François Bayrou qui, sans espace politique, a dû se résigner hier à proposer une alliance à Emmanuel Macron, acceptée dans l’heure par un tweet de ce dernier.

Il s’agit là d’un « quitte ou double » de la part du Président du MODEM qui, dans sa carrière passée, a multiplié les effets de surprises. Ainsi, en 1995, ministre du gouvernement Balladur, après la présidentielle, il réussit à rester au même poste auprès de Juppé, qui avait pourtant vu s’affronter Balladur et Chirac. En 2007, il ne choisit personne au second tour ; appelle à voter pour François Hollande en 2012, puis fait alliance avec le parti Les Républicains en 2014 pour se faire élire maire à Pau. Il en avait été de même dans d’autres villes, notamment à Paris où ses amis s’étaient alliés à Nathalie Kosciusko-Morizet. Les quelques élus MODEM parisiens siègent d’ailleurs dans l’opposition municipale, d’autres siègent également avec Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile de France.

Ainsi, si cette volonté d’être perçu comme « faiseur de roi » ne se concrétise pas dans les semaines qui viennent, il apparaît peu probable qu’il puisse espérer un « nouvel » avenir politique.

Le résultat du sondage OpinionWay pour LCI et Tilder montre que cette annonce de François Bayrou, qui fut un modèle de communication (secret maintenu jusqu’au discours, convocation de la presse avant l’heure de bouclage suivi du 20 heures de France 2 et de la matinale de RTL), n’a pas créé d’effet particulier chez les électeurs. En effet, 72% des personnes interrogées considèrent que cette proposition d’alliance ne change rien à leur choix.

De deux choses l’une, soit les électeurs putatifs de François Bayrou avaient déjà choisi Macron, et cela ne change effectivement rien pour eux… soit il n’y a pas d’effet Bayrou et il s’agit là d’une simple péripétie interne au monde politique qui n’a pas d’impact sur l’opinion publique. Quelle qu’en soit la cause, cette situation appelle tout de même les deux commentaires suivants :

Les deux protagonistes Bayrou et Macron affirment d’abord qu’il s’agit d’une recomposition de la vie politique en France induite par la fin du clivage traditionnel gauche / droite. Dire cela, c’est oublier que la ficelle a déjà été utilisée par le passé. Il y a toujours eu un centre en France sous la Vème République et celui-ci a souvent appelé à la recomposition de la vie politique autour de son candidat. En 1965, Jean Lecanuet appelait déjà à une recomposition politique autour de lui. Chaban-Delmas en 1974, Raymond Barre dans une moindre mesure en 1988 et François Bayrou lui-même en 2002, 2007 et 2012…

Ensuite, en communication politique au 21ième siècle, lorsque l’on vise à remporter une élection, apparaître comme un homme neuf et porteur d’un projet structurel de réforme institutionnelle, est plutôt bien joué. En effet, pour être élu, la nouveauté et l’affirmation d’être l’incarnation d’un renouveau et de la recomposition de la classe politique française, en agrégeant à sa candidature des personnalités de droite et de gauche, crée une force centripète (qui se rapproche du centre). Celle-ci est a même de créer l’illusion de la cohésion des idées et capable de projeter ce candidat vers l’Elysée. Cependant, l’Elysée n’est pas l’Assemblée nationale et si la recomposition électorale peut jouer pour l’élection d’un président, c’est plus complexe pour l’élection de 577 députés.

De plus, la recomposition ne se décrète pas d’autant que les institutions de la Vème république sont construites sur le clivage droite/gauche, de telle façon qu’à la première crise venue à l’Assemblée nationale, les forces politiques redeviendront centrifuges (se disperseront vers l’extérieur) et chaque élu de droite, de gauche ou « macroniste » retrouvera, par réflexe, son camp d’origine.

En tout état de cause, l’annonce d’hier est le dernier épisode en date d’une campagne inédite ou aucun enjeu de campagne n’a encore émergé, masqué par les égos des uns et les crises judiciaires des autres.

Q2 : 62% des Français interrogés considèrent que le la lutte contre le chômage devrait faire l’objet de débat entre les candidats à la présidentielle de manière prioritaire devant la sécurité, la hausse du pouvoir d’achat, la protection sociale, l’immigration puis l’Education.

En 1874, était publié « Romances sans paroles », petit recueil de poèmes de Paul Verlaine qui disait vouloir « mieux exprimer le vrai vague et le manque de sens précis projeté ». 143 ans après cette publication, et alors que nous sommes à deux mois jour pour jour du 1er tour de l’élection présidentielle, nous vivons également une « campagne sans thème » qui évoque tout autant le vague et le manque de sens et de fond que le recueil de l’illustre poète.

En 1995, « la fracture sociale », en 2002 « la sécurité intérieure », en 2007, « le pouvoir d’achat », autant de thèmes qui ont irrigué les strates de l’opinion publique et porté ceux qui avaient défendu ces thèmes à l’Elysée.

En 2017, certains candidats n’ont même pas encore dévoilé l’intégralité de leur programme. S’il est parfaitement possible d’être élu sans avoir à s’appuyer sur un programme complet et complexe, il est plus difficile d’assumer durablement le pouvoir présidentiel sans s’appuyer sur quelques idées structurantes de réformes, débattues durant la campagne et arbitrées par les électeurs le jour du scrutin.

Il apparaît particulièrement aventureux de demander à diriger la 5ème puissance économique du monde aux Français en les invitant à signer un chèque en blanc sur la politique qui sera menée.

Les candidats avancent différentes causes pour expliquer pourquoi aucun enjeu particulier n’occupe encore le cœur des débats de l’élection présidentielle. Toutefois, ne pas insérer dans le débat politique d’éléments programmatiques ou de thèmes de campagne ne laisse pas le temps aux candidats de toucher l’opinion publique ; cela ne laisse pas le temps de consolider un choix plutôt qu’un autre sur la base d’un thème qui cristallise subitement les attentes des électeurs. Sans programme partagé et thème fédérateur, on retrouve les effets des aspects « centripètes » ou « centrifuges » des forces politiques évoquées dans la question précédente.

Le résultat du sondage, qui vise à préfigurer les débats télévisés entre candidats annoncés cette semaine et qui se dérouleront en mars, montre une volonté de débat de la part des Français. En communication, les résultats de ce sondage appellent deux commentaires.

  • D’abord que la lutte contre le chômage, qui a été mise au centre de toutes les attentions par François Hollande lui-même dès 2012, est encore en tête des préoccupations des Français interrogés. Cette situation n’est d’ailleurs pas très étonnante, étant donné que le chômage est toujours aussi haut et qu’une baisse pourrait régler un grand nombre des questions posées par les items qui arrivent ensuite (fiscalité, pouvoir d’achat, protection sociale, éducation/formation professionnelle pour ne citer que ceux là).
  • Ensuite, il faut tirer des résultats de ce sondage un signal faible qui concerne le repli sur soi dont souffrirait le pays. En effet, la place de la France dans le monde, son rayonnement arrive bon dernier du classement que nous avons réalisé. C’est un indice supplémentaire de la position de repli d’une majorité de Français.

Les candidats à l’élection présidentielle doivent se saisir des opportunités offertes par les débats télévisés à venir pour s’emparer des sujets de préoccupation des Français. Notre sondage est un classement de ces préoccupations par ordre d’importance. Vite des débats de fond !

 

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot pour « la Question de l’Eco » sur LCI
A propos de La Question de l’Éco :

À un rythme hebdomadaire, « La Question de l’Éco » est traitée tous les jeudis, en direct sur LCI à 20h45, dans l’émission de Julien Arnaud « Le Grand Soir », qui démarre à 20h10. « Le Grand Soir », c’est deux heures d’informations politiques et économiques. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, Nicolas Boudot ou Guillaume Jubin, Associés chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.