Sondage du 28 mai 2015

1/ Selon vous, le choix des pays qui organisent la coupe du monde de football obéit-il aujourd’hui… ?

  • Avant tout à des considérations financières : 94 %
  • Avant tout à des considérations sportives : 5 %
  • NSP : 1%

2/ Faut-il, selon vous, reconnaître au burn-out le statut de maladie professionnelle ?

  • OUI : 76 %
  • NON : 23 %
  • NSP : 1 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

1/ 94% des personnes interrogées considèrent que le choix des pays dans l’attribution des coupes du monde de football obéit avant tout à des considérations financières.

Le résultat du sondage de cette semaine est sans surprise tant la déflagration, qui agite depuis 48 heures la présidence de la Fédération internationale de Football, est puissante. Les soupçons de corruption touchant l’attribution des coupes du monde de football expliquent ce résultat sans appel.

Si l’on veut être un peu cynique, pour la Fédération internationale du football, la question n’était pas de savoir si une procédure judiciaire de grande ampleur allait subvenir, mais quand ? En effet, cela fait plusieurs années que les spécialistes remettaient plus ou moins en cause la probité des instances de gouvernance du football mondial dans le choix des Etats organisateurs des Coupes du monde.

Il n’en demeure pas moins que cette crise amène trois commentaires en communication :

  • L’ampleur médiatique de cette crise une première pour un scandale lié à des soupçons de corruption.
  • Elle démontre que les enjeux du football ont dépassé le cadre sportif pour devenir des enjeux géopolitiques.
  • Elle brise la communication marketing entourant le football en fracassant les valeurs positives traditionnellement véhiculées par ce sport et largement revendiquées par les sponsors.

On peut affirmer que le président de la FIFA, Sepp Blatter est considéré dans l’opinion publique mondiale comme un chef d’Etat et de gouvernement ou mieux encore comme l’équivalent du Secrétaire général d’une instance internationale de type ONU ou FMI. La FIFA est un Etat dans le concert des nations à la puissance incontestée. De ce fait, les soupçons de scandale de corruption à la FIFA produisent une déflagration médiatique à l’échelle mondiale. Il n’y a pas de précédent dans l’histoire d’un tel déferlement médiatique touchant une instance sportive mondiale. La seule comparaison pourrait être, dans un tout autre registre judiciaire, le scandale DSK, touchant le FMI, en mai 2011.

C’est donc un enjeu de communication personnelle à la résonnance mondiale auquel est confronté aujourd’hui le président de la FIFA. La tactique de communication qu’il mettra en œuvre sera aussi par définition inédite. Tout l’enjeu pour lui sera de parvenir à garder le contrôle et de tenter de capitaliser sur l’émotion positive qu’il a pu susciter auprès des populations des Etats qui ont accueilli « grâce à lui » des coupes du monde dans les années passées ou de ceux qui s’apprêtent à en accueillir dans les années qui suivent pour contrebalancer la déception des autres.

Cela montre deuxièmement à quel point le football revêt désormais un caractère géopolitique. Nous avons tous des souvenirs de quelques matches de football pendant des coupes du monde dont les enjeux dépassaient le cadre sportif : RFA/RDA en 1974 ou Iran/USA en 1998. Dans le scandale de la FIFA, les pays concernés, Afrique du Sud, Russie, Qatar ne sont pas ou plus (à l’exception du Brésil) des nations majeures du football d’un point de vue footballistique. Il n’en va pas de même de leur puissance géopolitique ou économique et les conséquences réputationelles et géopolitiques de ce scandale sont encore difficiles à mesurer. En tout état de cause, c’est aussi à un double exercice diplomatique et géopolitique de communication, complètement inédit pour un dirigeant d’une instance sportive, auquel le président de la FIFA va devoir se livrer.

Enfin, dernier enjeu de communication : les conséquences économiques de cette crise. En touchant aux valeurs universellement positives du sport, en jetant un voile de soupçon sur les coupes du monde de football, le plus grand événement sportif planétaire, ce scandale aura aussi des conséquences économiques.

Certaines des entreprises sponsors du football qui s’appuyaient sur les images positives véhiculées par ce sport vont probablement réorienter leur communication marketing en direction d’autres disciplines. A une moindre échelle, les sponsors du Tour de France ont été également confrontés à des scandales (le dopage) et la plupart ont d’ailleurs choisi de continuer. Mais les instances cyclistes et Amaury Sport ont été capables de se remettre en question. La toute puissante FIFA saura-t-elle apporter des preuves de bonne volonté ?

Communication diplomatique, géopolitique, communication politique, communication marketing : ce scandale est une synthèse inédite des enjeux classiques de communication, car à l’échelle mondiale.

2 / 76% des personnes interrogées considèrent que le « burn-out » doit être reconnu comme maladie professionnelle.

Le résultat de ce sondage vient saluer la réussite du coup de communication de la semaine. C’est l’ancien ministre de l’Education nationale Benoit Hamon, qui a quitté le gouvernement à la fin de l’été dernier, qui en est l’auteur. En effet, en proposant par amendements à la loi Rebsamen sur le dialogue social que le « burn out » ou « épuisement au travail » soit reconnu comme maladie professionnelle, Benoit Hamon a réussi à se placer au centre du jeu médiatique cette semaine – alors qu’il apparaissait jusqu’alors très isolé au sein même de sa propre famille politique – et a remettre en selle les frondeurs.

En effet, le rapprochement entre Martine Aubry et Jean-Christophe Cambadélis dans la perspective du congrès du Parti socialiste a mécaniquement limité l’impact politique que les frondeurs comptaient faire peser sur la majorité actuelle et partant le rôle politique que Hamon aurait pu jouer en cas de crise au sein du groupe parlementaire majoritaire.

Sa proposition visant à ce que le « burn-out » soit reconnu comme maladie professionnelle est un véritable « marqueur de gauche » qui lui permet de reprendre une place politique visible et audible parmi les leaders des frondeurs.

Toutefois, cette stratégie de communication a une limite : les amendements déposés ne seront pas discutés en séance à l’Assemblée nationale car ils ont été jugés irrecevables par le président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, Gilles Carrez. En effet, la Constitution considère irrecevable un amendement parlementaire prévoyant des dépenses publiques supplémentaires sans mention expresse des recettes correspondantes.

Il s’agit donc d’un excellent coup de communication politique pour Benoit Hamon, mais en politique la communication n’est rien sans traduction réelle dans les faits.

Visionner l’intervention de Nicolas Boudot