Analyse du sondage du jeudi 5 mai

Q1 : Avez-vous tout à fait confiance, plutôt confiance, plutôt pas confiance ou pas confiance du tout dans l’avenir de la filière nucléaire en France ?

  • Sous total « confiance » : 50 %
  • Sous total « pas confiance » : 50 %

Q2 : Avez-vous tout à fait confiance, plutôt confiance, plutôt pas confiance ou pas confiance du tout dans la sécurité de la filière nucléaire en France ?

  • Sous total « confiance » : 51 %
  • Sous total « pas confiance » : 48 %
  • NSP : 1 %

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

50% des Français interrogés ont confiance dans l’avenir de la filière nucléaire Française (50% pas confiance) ;

51% d’entre eux ont confiance dans la sécurité de la filière nucléaire française. 

50% des Français interrogés ont confiance dans la capacité du nucléaire français à se développer dans l’avenir et 51% d’entre eux ont confiance dans la sécurité de la filière en France.

Ces résultats contrastés montrent un décalage particulièrement important entre le poids de la filière dans la production de l’électricité (près de 80%) et la confiance toute relative que lui accorde les Français. Ce constat devrait alerter les dirigeants d’EDF et plus largement ce qu’il est commun d’appeler « l’équipe de France du nucléaire »

Quoi qu’il en soit, ce décalage de perception peut s’expliquer par des faits objectifs, liés pour certains à l’histoire du nucléaire, mais aussi par la communication cacophonique du gouvernement et de la direction d’EDF sur le sujet.

Parmi les faits objectifs qui expliquent la circonspection des Français à l’endroit de la filière nucléaire en général, certains sont historiques et portent les noms de Tchernobyl et Fukushima. Aucun Français de plus de 35 ans n’a pu oublier le manque de communication qui a accompagné l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986 et la réaction des autorités de l’époque, qui ont nié les conséquences de l’accident afin de préserver l’industrie et ainsi la balance commerciale du pays. Depuis 30 ans, ce sujet empoisonne la perception de la filière nucléaire française.

Il y a quelques jours, la révélation par AREVA de la découverte d’anomalies dans des composants de centrales nucléaires fabriqués au Creusot a porté atteinte à l’ensemble de la filière française qui a toujours fait de la sécurité et de la qualité sa marque de fabrique.

Ces faits sont par ailleurs aggravés par des prises de paroles contradictoires au sein de la structure EDF, mais aussi au sein du gouvernement.

En effet, cette semaine, le président d’EDF, Jean-Bernard Lévy et l’ancien Directeur financier de la comapgnie se sont affrontés au sujet de la construction de l’EPR anglais à Hinkley Point, l’un des projets phares d’EDF. L’ancien directeur a même expliqué à l’Assemblée nationale avoir démissionné dans le cadre de ce projet. Cette situation cacophonique sur un projet aussi emblématique que l’EPR s’est déplacée jusqu’au gouvernement ou le ministre de l’Economie a défendu le PDG d’EDF alors que la ministre de l’Ecologie a exprimé des doutes sur la viabilité financière du dossier.

On retrouve les mêmes interrogations et divergences sur le dossier de la fermeture des réacteurs de la centrale de Fessenheim, qui avait été une annonce emblématique de la campagne de François Hollande en 2012 et dont la réalité n’apparaît pas encore très clair pour nombre de Français.

Face à cette suite de faits, on aurait pu s’attendre à des résultats plus marqués négativement de la part des Français interrogés.

En effet, deux raisons pour que la filière se réjouisse pour l’avenir, malgré ces résultats décevants :

La première raison qui explique l’équilibre parfait dans la réponse des Français sur l’avenir de la filière est  la garantie d’indépendance énergétique apportée par le nucléaire en France et le prix.

En effet, ce dernier est une composante de la compétitivité industrielle de notre pays par rapport aux pays comparables : le prix de l’électricité produite par l’énergie nucléaire demeure encore inférieur à tous les autres modes de production d’électricité.

La seconde raison est portée par les résultats du sondage eux mêmes. Ceux ci sont analogues, alors même qu’en toute logique les résultats sur le sujet énergétique stricto sensu, porté par la question sur l’avenir de la filière devrait être distinct de la question de la sécurité de la filière.

Leur corrélation montre que les deux sujets sont liés dans l’esprit des Français.

Et c’est peut-être là que réside l’espoir pour la filière d’améliorer la confiance globale des Français. En effet, il suffirait qu’elle regagne la bataille de l’opinion sur la sécurité de la production énergétique pour regagner la confiance des Français dans son avenir économique et industriel.

Quoi qu’il en soit, la question nucléaire sera un des sujets phares de la campagne de 2017. Nicolas Sarkozy a pris une position claire de défense de la filière dans le Journal Du Dimanche la semaine dernière. On sait également que ce sujet sera au cœur des discussions qui rapprocheront au premier ou au second tour le candidat de gauche s’il veut éviter une candidature écologiste..

En tout état de cause, compte tenu des résultats d’aujourd’hui, le débat politique à venir permettra de trancher d’un côté ou de l’autre la circonspection des Français dans l’avenir de cette filière qui était jusqu’à il y a peu un symbole positif de réussite de l’industrie française.

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L’ émission 100% décryptage de l’information après « la Question de l’éco » à laquelle participe un consultant de Tilder en débat avec un autre communicant et un éditorialiste.

A propos de La Question de l’Éco :

À un rythme hebdomadaire, « La Question de l’Éco » est traitée tous les jeudis, en direct sur LCI à 19 h 30, dans l’émission de  Julien ARNAUD : La newsroom. Après un tour de l’actualité, Julien ARNAUD donne la parole aux journalistes de la rédaction et à divers experts pour une analyse pointue des grands dossiers du jour. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, Nicolas Boudot ou Guillaume Jubin, Associés chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.