Chaque mardi, Matthias Leridon intervient sur un ou deux sujets d’actualité dans les « Débats de France Info » à 20h50, une émission animée par Olivier de Lagarde.

Il intervenait ce mardi 11 juin avec Arnaud DUPUI-CASTERES, président de VAE SOLIS. Extraits :

Quelle communication des entreprises sur les plans sociaux ?  Alors que la litanie des plans sociaux n’en finit plus : MICHELIN, LAFUMA, VIRGIN, les abattoirs GAD – pour ne citer que les derniers en date au cours de ces 24 dernières heures – comment fait-on pour communiquer quand on est chef d’entreprise et qu’on annonce comme cela des plans de licenciement ?

« Quand on a un plan de licenciements en étant une marque mondiale, cela crée instantanément une bulle d’émotion négative :  un certain nombre de personnes vont perdre leur emploi et il est compliqué d’être à la fois dans une certaine forme de sincérité, comme pour MICHELIN qui annonce« Aujourd’hui un certain nombre d’usines sont menacées, il faut se restructurer » et en même temps, avoir la capacité de résister à cette immense bulle d’émotion dont tout le monde s’empare – y compris le gouvernement, les ministres, les élus et les médias – d’autant plus lorsqu’on tombe sur un lundi noir, où 3.000 emplois sont menacés.

Etre dans cette actualité à plusieurs est un avantage pour ceux qui n’ont pas une marque mondialement connue, mais un désavantage pour celui qui « tire » entre guillemets le lundi noir ou en tout cas qui devient l’exemple du lundi noir, comme Michelin.

Les plans sociaux représentent 3% de l’augmentation du chômage, à peu près, et il y a beaucoup de plans sociaux dont on ne parle pas, la question se pose quand on est chef d’entreprise, à savoir si on communique ou  pas. Or la question ne se pose pas car le Code du travail français est un code  qui contraint à un planning de communication et un calendrier – c’est-à-dire qui parle à qui et dans quel ordre – aujourd’hui la première des annonces doit être faite devant les Comités d’Entreprise, donc, il y a forcément un dialogue qui se crée au sein de l’entreprise, qui de manière structurelle crée  un appel d’air médiatique.

Beaucoup de chefs d’entreprise refusent de communiquer, on se souvient notamment de ce qui s’était passé chez TOTAL au moment de la fermeture d’une raffinerie. Mais on n’a pas le choix, lorsqu’on est un chef d’entreprise on est obligé de communiquer. On peut tomber dans un  bon moment d’actualité, qui fait qu’on ne fera pas forcément la une de l’actualité, ou on peut tomber dans une mauvaise série, MICHELIN dans une mauvaise série ce lundi, il est sûr que le jour où vous avez une intervention française au Mali l’annonce d’un plan social prend moins d’ampleur à l’extérieur.

Un autre élément est à prendre en compte : dans un certain nombre d’entreprises  le dialogue social est d’une telle qualité que ça ne crée pas forcément une réaction extrêmement négative lorsqu’il y a une annonce : on est dans un climat de confiance,  de proximité très forte.  On parle beaucoup des plans sociaux des grands groupes mondiaux cotés mais une multitude de petits plans sociaux dans des entreprises locales de taille régionale, mais avec une proximité avec le chef d’entreprise, qui ont un vrai dialogue social, qui fait que ça ne fait pas la une des journaux.

Dans un plan social, il y a aussi une logique de loterie politique et on peut tirer le gros lot ou ne pas tirer du tout. Lorsqu’on annonce un plan social, il y a aussi une logique de stratégie de communication politique d’un certain nombre d’élus -et on a face à soi non seulement l’émotion que crée le plan social mais aussi le fait qu’un élu s’empare du plan social pour en fait créer  une communication politique. »

Comment analyser la communication de Barack Obama sur l’espionnage electronique du reste du monde par les Etats-Unis et sa perception par les sociétés européennes ? 

« Qu’aurait-on dit si cela avait été George BUSH ? Barack OBAMA bénéficie d’une espèce de protection médiatique liée à son positionnement, sa personnalité, son aura, qui fait qu’il est face à une difficulté mais pas face à un raz de marée.

Derrière, il y a 3 mouvements de fond. D’abord il y a un premier mouvement : on s’est habitués quelque part à la surveillance permanente –  les puces dans les téléphones portables ou autres – à la transparence permanente, en fait on sait tout en permanence. Ensuite on est dans un sujet qui est vraiment le paradoxe de la culture américaine, très difficilement compréhensible en Europe : à la fois le refus de toutes mesures fédérales qui seraient privatives d’une conception de la liberté individuelle  : on doit pouvoir faire ce qu’on veut, il n’y a pas de limites à la liberté – et  en même temps, une acceptation collective de la part des Américains de mesures qui sont des zones vraiment de non-droit à partir du moment où les Etats-Unis d’Amérique sont considérés comme étant un véritable enjeu. C’est le cas pour Guantanamo et c’est le cas aujourd’hui pour ces écoutes où, finalement, la réponse est de dire : « certes on a empiété sur la liberté privée mais on l’a fait parce qu’il y a un enjeu, un risque pour la Nation et pour la sécurité de la Nation ».

Il y a une approche différente de part et d’autre de l’Atlantique sur ces questions de la sécurité et du prix, finalement, de la transparence. Parce qu’il y a une acceptation collective qui est beaucoup plus forte du côté des Américains que du côté des Européens. Mais  aujourd’hui cette révélation de ce grand dispositif un peu « BigBrotherleaks » d’écoute – est  symptomatique d’une espèce de peur de notre temps :  après avoir eu dans les années 90 – 2000 toutes les théories de la cyber-war qui étaient les ordinateurs, les informaticiens, on arrive à la data war – c’est-à-dire qu’en fait celui qui maîtrise la masse la plus importante de données maîtrise le monde. Avec quelques drones en plus. Donc, on maîtrise à la fois les batailles commerciales, les batailles économiques, les batailles de sécurité et  ce sujet prend une dimension symbolique dans une peur collective diffusée à travers  les films hollywoodiens. La découverte d’un système de type Big brother finalement aujourd’hui prend une dimension particulière parce qu’on est dans un grand débat mondial sur qui maîtrisera les données,  et qui circule sur internet. »