À un rythme hebdomadaire, « La question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.

LES QUESTIONS ET LES REPONSES DU JEUDI 14 MARS 2013

Selon vous, quelles dépenses faudrait-il baisser en priorité ?
(Plusieurs réponses possibles – total supérieur à 100 %)

Le train de vie des élus : 86 % (- 5 points depuis mars 2012)
Le nombre de fonctionnaires : 34 % (+ 1)
Les dépenses militaires : 27 % (- 13)
Les minima sociaux (RSA…) :  19 % (- 1)
Les dépenses culturelles :  18 % (- 3)
Les allocations familiales : 17 % (+ 2)
Les dotations aux collectivités locales : 16 % (+ 2)
L’indemnisation du chômage : 16 % (- 1)
Les allocations logement : 9 % (- 1)
Le niveau des retraites,
l’âge auquel on peut prendre sa retraite : 6 % (stable)
Les dépenses de santé : 4 % (stable)
Les dépenses pour le fonctionnement de la justice : 4 % (- 2)
Les dépenses pour le fonctionnement de la police : 4 % (- 3)
Les dépenses d’éducation : 3 % (stable)
Aucune de celles-là : 4 % (+ 2)

Quatre enseignements peuvent être tirés de ce sondage :

Tout d’abord, les deux premiers résultats – le train de vie des élus et le nombre de fonctionnaires – montrent que les Français veulent que l’État prenne clairement sa part de l’effort national. La réduction du train de vie des élus est une réponse refuge car elle n’aura pas beaucoup d’impact sur la dépense publique, mais c’est une réponse symbolique : l’opinion ne se satisfait plus d’un discours sur l’augmentation des recettes (augmentation des impôts et prélèvements), mais veut un vrai discours, traduit dans les faits, sur la réduction des dépenses de fonctionnement et en l’occurrence du nombre de fonctionnaires qui sont les premiers ciblés. Le discours porté à l’époque par le droite est aujourd’hui intégré.

Par ailleurs, il y a clairement un effet « Guerre au Mali » : la réduction des dépenses militaires perd 13 points par rapport à 2012, ce qui prouve que les Français sont plus que jamais sensibles aux questions de sécurité. C’est une bonne nouvelle pour le Ministre de la Défense au moment où se discutent les arbitrages budgétaires. Ces résultats montrent que la communication du gouvernement qui justifie la guerre au Mali par une volonté de protéger nos intérêts et notre sécurité ici, en luttant contre le terrorisme là-bas, passe bien dans l’opinion. Dans le contexte international actuel, marqué par l’inquiétude, ces dépenses sont devenues en un an des dépenses « concernantes ».

Troisièmement, il y a un effet crise et si les Français veulent encore se sentir protégés, ils se montrent en même temps ouverts sur des sujets jusque-là tabous : réduire les minima sociaux, les allocations familiales ou l’indemnisation chômage devient envisageable. Les scores sont encore faibles mais ils sont à deux chiffres. Le gouvernement a semble-t-il bien préparé l’opinion à l’idée de « taper dans le dur » en bousculant quelques acquis de l’État Providence. Nicolas Sarkozy en rêvait, François Hollande commence à entrevoir la possibilité de le faire.

Enfin, il reste à n’en pas douter des sujets sacrés qui relèvent pour certains du « modèle français »: on ne touche pas à la santé ou à l’éducation. Il faudra donc beaucoup de courage politique pour s’attaquer à de grandes réformes structurelles qui touchent aux fondamentaux. C’est sans doute pour ça que le gouvernement communique sur une politique pointilliste, par touche ciblée et envisage pour ce faire un fonctionnement par ordonnances. Ce choix demeure risqué, car l’absence de réformes majeures et structurantes alimente le manque de lisibilité et la politique pointilliste l’impression d’incohérence. C’est la difficulté de communication actuelle de l’exécutif.