À un rythme hebdomadaire, « La Question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française. Dans le cadre de cette « Question de l’éco », Frédéric Latrobe est remplacé par Nicolas Boudot.

1 – Etes-vous favorable ou opposé à la création d’un gouvernement économique de la zone euro, qui décide des grandes orientations de la politique économique et budgétaire des pays membres ? 

  •  Sous total « favorable » :  58%
  • Sous total « opposé « : 42%

2 – Dans les mois qui viennent, pour favoriser la compétitivité des entreprises en France, pensez-vous que le Medef doit prioritairement… ? 

  •  Privilégier le dialogue social avec les syndicats de salariés et la négociation avec le gouvernement : 57%
  •  Se battre pour qu’il y ait moins de contraintes pour les entreprises, quitte à s’opposer au gouvernement : 42%
  • NSP : 1%
Voir les résultats du sondage 

 

ANALYSE DES RESULTATS PAR NICOLAS BOUDOT, DIRECTEUR CHEZ TILDER

François Hollande va t- il trouver un second souffle communicationnel en se mettant dans la droite ligne de ses prédécesseurs ?

En se prononçant favorablement à la création d‘un gouvernement économique de la zone euro qui décide des grandes orientations de la politique économique et budgétaire des pays membres, les Français se positionnent positivement par rapport à la proposition énoncée par le Président de la République le 16 mai dernier. En communication, c’est un coup double positif pour François Hollande. En faisant cette proposition, il se place en droite ligne de ses prédécesseurs.

En effet, cette  proposition de gouvernement économique européen n’est pas nouvelle.

S’il devait voir le jour, ce « gouvernement économique » serait une extension de l’ «EuroGroupe » qui réunit une fois par mois les ministres des Finances de la zone Euro et qui fut créé à l’initiative du Président Chirac en 1997.

On se souvient également que le Président Nicolas Sarkozy avait plaidé à la suite des différentes crises budgétaires commencées en 2008 pour la création d’un gouvernement économique de la zone euro avec un président identifié à sa tête.

En reprenant cette idée que ses deux prédécesseurs ont (certes à des degrés divers) portés, François Hollande revêt des habits de Président rassembleur, lui qui, jusque là, avait tout fait en communication pour se démarquer de son prédécesseur immédiat.

En portant cette idée, il prend de la hauteur par rapport aux problématiques de politiques nationales et se place au dessus des querelles partisanes.

En période de baisse de popularité, il est courant de voir les chefs d’Etats et de gouvernements chercher un second souffle à l’international et là, pour François Hollande, l’Europe pourrait être ce moment de respiration bienvenu. Toutefois, ce coup double positif de communication pourrait être de courte durée.

Pour réussir à imposer un gouvernement économique de la zone euro, il faudra convaincre non seulement les allemands, mais aussi la Commission européenne dont les pouvoirs en matière budgétaire ont été renforcés ces dernières années ainsi que la Banque Centrale Européenne qui joue un rôle prépondérant dans la gestion des crises budgétaires des Etats membres. Même avec l’appui d’une large majorité de Français, François Hollande n’est pas au bout de ses peines et il faudra de longs mois pour imposer cette réforme institutionnelle européenne. Peut être même faudra-t-il attendre le résultat des élections européennes, qui auront lieu dans un an jour pour jour, pour que cette réforme voit le jour.

Le portrait robot du Président du MEDEF souhaité par les Français : social plutôt que libéral.

En répondant à 57% que le MEDEF devrait dans les mois qui viennent privilégier le dialogue social avec les syndicats et la négociation avec le gouvernement – plutôt que de se battre pour qu’il y ait moins de contraintes pour les entreprises, quitte à s’opposer au gouvernement – les Français interrogés montrent qu’ils privilégient encore une solution négociée aux problématiques économiques et sociales.

En un mot, les Français préfèreraient plutôt un MEDEF négociateur à un MEDEF d’opposition.

En communication, les résultats de ce sondage amènent deux réflexions : la première liée à l’élection à la présidence du MEDEF dont la campagne est à un tournant aujourd’hui, la seconde sur le clivage politique portant sur les questions économiques et sociales en France.

Pour ce qui concerne l’élection à la présidence du MEDEF, les cinq candidats encore en lice, qui étaient auditionnés aujourd’hui même par le comité exécutif, ne pourront pas ignorer ce résultat dans la dernière ligne droite de leur campagne qui s’achèvera le 3 juillet prochain.

Même s’il ne s’agit pas d’une élection au suffrage universel direct, le résultat de ce sondage laisse entrevoir ce que pourrait être le résultat de l’élection. Le choix d’un patron des patrons ouvert au dialogue social et à la négociation… qui saura prendre ses responsabilités d’opposant pour les grandes occasions semble correspondre au portrait robot du président du MEDEF attendu par les Français.

Le deuxième enseignement que l’on peut tirer des résultats de cette étude tient au clivage politique qu’il exprime.

En effet, les soutiens traditionnels de la droite militent pour une baisse des contraintes et affichent ainsi une tradition libérale et entrepreunariale indéfectible (70% des électeurs de Nicolas Sarkozy en 2012), lorsque les soutiens de la gauche orientent prioritairement leur choix vers une solution négociée et un renforcement du dialogue social (82% des électeurs de François Hollande en 2012).

Il demeure un clivage entre droite et gauche dans notre pays : il porte sur le chemin à emprunter pour améliorer la compétitivité des entreprises !

 

http://youtu.be/n0294P-JGBE