À propos de La Question de l’Éco : À un rythme hebdomadaire, « La question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, associé de Tilder ou Nicolas Boudot, Directeur chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.

* 67% DES FRANÇAIS APPROUVENT LA POSITION DE JEAN-MARC AYRAULT SUR LE PLAN DE LICENCIEMENT ANNONCE PAR ALCATEL-LUCENT *

Q1 : Le gouvernement a annoncé une hausse de l’impôt sur les sociétés réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires. Par rapport à cette décision, êtes-vous… ?

  • Sous total « favorable » : 57 %
  • Sous total « pas favorable » : 41 %
  • NSP : 2 %

Q2 : Alcatel-Lucent a annoncé mardi un plan social supprimant 900 emplois en France. Jean-Marc Ayrault a menacé de ne pas agréer ce plan social. Approuvez-vous l’intervention du Premier ministre ?

  • Total « approuve » : 67 %
  • Total « n’approuve pas » : 30 %
  • NSP : 3 %

 

ANALYSE DE NICOLAS BOUDOT, DIRECTEUR CHEZ TILDER

Approbation de l’intervention de Jean-Marc Ayrault concernant le plan social annoncé par Alcatel-Lucent.

Le sondage OpinionWay pour LCI et TILDER de cette semaine donne une large majorité aux Français qui affirment soutenir la position de Jean-Marc Ayrault concernant le plan social de suppression de 900 emplois par Alcatel-Lucent en France.

Jean-Marc Ayrault a affirmé que si le plan social n’était pas corrigé pour sauver le maximum d’emplois en France, le plan ne serait pas validé par l’administration. Ce faisant, le Premier ministre a rappelé le principe majeur de la loi sur la sécurisation des parcours professionnels promulguée il y 4 mois et qui permet à l’administration de valider (ou pas) un accord collectif majoritaire négocié entre la direction d’une entreprise et les syndicats. L’administration a donc désormais la possibilité de freiner ou de limiter l’impact d’un plan social en France.

En approuvant à une large majorité ce principe, les Français adressent un double message à la classe politique :

  • D’abord, ils réaffirment leur crédo dans la capacité de l’Etat à agir en matière sociale et économique. En considérant que le Premier ministre a bien agit en demandant à Alcatel-Lucent de (re)négocier son plan de licenciement pour en limiter l’impact social, les Français indiquent qu’ils croient à la capacité de l’Etat à influencer les décisions des directions d’entreprises, fussent-elles mondialisées.

C’est donc une grande responsabilité qui est mise entre les mains du Premier ministre et du Gouvernement qui se doivent désormais de ne pas décevoir cette espérance sociale que les Français interrogés ont placé entre leurs mains. Les Français dans ce cas ne se contenteront pas d’un effet d’annonce.

  • Ensuite, les Français réaffirment, en ces temps socialement troublés, qu’ils attendent de l’Etat de la protection. Cette attente personnelle des Français doit être entendue par le Gouvernement qui devra adapter sa communication à cette affirmation. En effet, le sentiment d’éloignement entre les préoccupations des citoyens et celles de la classe politique en général et du pouvoir exécutif est toujours politiquement handicapant en période électorale.

 

57% des Français sont favorables à la hausse de l’impôt sur les sociétés pour les entreprises réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires

Alors même que les Français ont exprimé ces dernières semaines leur « ras-le-bol » à l’égard des impôts visant les ménages et les personnes physiques, confirmé par la bouche même du ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, il n’en va pas de même pour l’impôt visant les personnes morales et plus précisément les entreprises réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Le Gouvernement donne une double leçon de communication en se faisant soutenir par une majorité de Français sur une mesure consistant à une augmentation d’impôt que l’on pourrait imaginer, à priori, comme étant intrinsèquement impopulaire.

  • D’abord, la technique de communication « du ballon sonde » qui consiste à installer dans le débat public une information repoussoir pour mieux imposer une mauvaise nouvelle a parfaitement fonctionné.

Ainsi en faisant fuiter l’idée de taxer l’Excédent Brut d’Exploitation des entreprises, qui a entrainé une levée de bouclier des entrepreneurs, le Gouvernement a réussi, semble-t-il, à faire passer dans l’opinion publique la nécessité de taxer plus durement certaines entreprises. L’annonce de l’abandon de la taxe sur l’EBE accueillie avec soulagement par les dirigeants d’entreprise a permis d’annoncer avec moins de résistance la hausse de l’impôt sur les sociétés.

  • Ensuite, le fait d’annoncer une mauvaise nouvelle hors du champ immédiat du quotidien de la majorité des Français est plus aisée : les annonces négatives passent mieux lorsqu’elles paraissent ne pas vous concerner directement. Ainsi, parler de sommes supérieures à 250 millions d’euros de chiffre d’affaires place le discours dans un univers éloigné du quotidien de la majorité des Français, donnant l’impression que d’autres payeront…En communication, les mauvaises nouvelles passent toujours mieux lorsqu’on les rend abstraites.

http://youtu.be/zfcE6wLf0RA