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Tribune Tilder : pour que Davos devienne enfin le sommet des actes

Par Bertrand Chambenois – Associé chez Tilder

 

Depuis sa création en 1971, il est courant de critiquer le forum de Davos qui serait l’archétype des cénacles mystérieux où se réuniraient les puissants dans le but de se partager le monde comme après la deuxième Guerre Mondiale on a partagé l’Europe entre vainqueurs. Mais cette fois, il semble que la conjoncture politique et sociale mondiale, à tout le moins occidentale, donne une coloration particulière à ce sommet.

Face à un constat d’échec à la fois politique et économique du modèle libéral démocratique dans sa double mission de créer de la richesse partagée pour le plus grand nombre et d’offrir les garanties de représentativité nécessaires à la prise en compte de la voix de tous et de chacun, les conséquences politiques se sont déjà fait sentir dans de nombreux pays. Alors que les peuples américain, italien ou encore brésilien ont fait le choix de porter au pouvoir des dirigeants aux accents populistes ou autoritaires, d’autres pays comme la France ou le Royaume-Uni dansent actuellement au bord du précipice, entre fronde sociale et saut dans le vide économique.

Dans ces conditions, que peut-on attendre de Davos ou des élites mondiales plus généralement pour répondre à ces mouvements qui ont justement en commun leurs profondes racines anti-élites ?

Tout d’abord, il s’agit d’avoir des attentes proportionnées au rôle et aux moyens d’action desdites élites. Le monde de l’entreprise ne peut par exemple pas à lui seul régler les inégalités à l’échelle de la planète. Les chefs d’entreprise sont généralement eux-mêmes salariés avec des actionnaires, des créanciers et même des concurrents qui rendent leurs marges de manœuvre souvent aussi limitées que celle de nos États surendettés.

Ensuite, il est impératif de faire véritablement de Davos le sommet des actes et des engagements. Il est urgent que les chefs d’entreprise, comme les politiques, s’engagent à répondre aux inquiétudes des peuples pour qui la mondialisation tend à devenir une malédiction plus qu’une chance. Le monde économique a longtemps pensé que c’était là le rôle des États, mais devant les difficultés de ces derniers à offrir des solutions efficaces et pérennes, les entreprises ne peuvent plus manquer à leurs responsabilités sociales.

Alors que celles-ci n’ont pourtant que les mots « sens », « responsabilité » et « mission » à la bouche, il convient à présent de sortir des slogans et d’engager des actions concrètes de réduction des inégalités. Pas nécessairement des inégalités de revenus d’ailleurs mais des inégalités d’accès à la connaissance, à la mobilité, à la connexion, à une nourriture équilibrée, soit autant de droits fondamentaux désormais accessibles dans la plupart des métropoles mondialisées mais qui le deviennent beaucoup moins à mesure qu’on s’en éloigne.

Cet objectif est d’autant plus réalisable que certaines entreprises, généralement emmenées par des dirigeants engagés et visionnaires, réussissent là où les États échouent. Ainsi, l’américain Salesforce s’engage par exemple depuis sa création à faire en sorte que ses salariés consacrent 1% de leur temps de travail annuel dans des projets philanthropiques. De son côté, Unilever, est unanimement reconnue et récompensée pour ses programmes d’éducation à la nutrition faisant appel à des professionnels de santé. Dans ces deux cas, la mondialisation inclusive n’est plus un simple slogan mais une réalité. Et inutile de le dire, ces deux entreprises, toutes différentes qu’elles soient, affichent des performances économiques enviables, faisant la démonstration qu’il est possible de satisfaire aux exigences de rentabilité et à la nécessité d’une utilité sociale.

Il ne s’agit donc pas tant de chercher à « sauver la planète » que de choisir ce dans quoi chaque entreprise peut espérer améliorer concrètement la vie des gens, qu’ils soient ses salariés, ses clients ou de simples citoyens. Aux habitués des sommets comme Davos donc de suivre cette voie mais, cette fois-ci, en en prenant l’engagement devant leurs pairs. Alors on pourra, année après année, suivre l’impact de ces décisions et, par là même, renouveler la raison d’être du Forum économique mondial.

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