À propos de La Question de l’Éco : À un rythme hebdomadaire, « La question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, associé de Tilder ou Nicolas Boudot, Directeur chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.

Q1 : Pensez-vous que les impôts payés par les particuliers baisseront d’ici à la fin du quinquennat de François Hollande ?

  • Sous total « OUI » : 15 %
  • Sous total « NON » : 84 %
  •  NSP : 1 %

Q2 : L’entrée au capital du groupe PSA (Peugeot-Citroën) de l’entreprise chinoise Dongfeng et de l’Etat français garantit-elle selon-vous le redressement de PSA ?

  • Sous total « OUI » : 29 %
  • Sous total « NON » : 69 %
  •  NSP : 2 %

ANALYSE DE NICOLAS BOUDOT, ASSOCIE CHEZ TILDER

Q1 : 84% des Français interrogés considèrent que les impôts payés par les particuliers ne baisseront pas d’ici à la fin du quinquennat de François Hollande.

Cette question fait suite à l’annonce par Bernard Cazeneuve, puis Pierre Moscovici, de baisses d’impôts pour la fin du quinquennat. Un conseiller du président de la République ayant même affirmé il y a 48 heures, devant des journalistes, qu’une baisse pourrait être possible dès 2015… obligeant tout le gouvernement à s’employer dans les média, de Pierre Moscovici à Bernard Cazeneuve en passant par Michel Sapin, les ministres ont du nuancer l’annonce. Pour eux, on peut considérer qu’il sera possible de baisser les impôts des ménages à une condition : si et seulement si la croissance économique est largement supérieure aux prévisions.

Le sujet fiscal est à l’origine d’un nouveau cafouillage de communication sur le fond, les Français ne croient pas à la possibilité d’une baisse. En communication, ce mauvais résultat pour l’exécutif amène deux commentaires :

  •  Il est d’abord la conséquence des erreurs de communication des gouvernements successifs sur le sujet fiscal et ces erreurs induisent une affirmation que l’on peut exprimer ici aujourd’hui : les Français en ont assez des calembredaines gouvernementales concernant les impôts.
    Entre la CSG, créée en 1990 qui devait être un impôt provisoire, la TVA dans la restauration qui a certes connu une baisse puis une hausse successivement en quelques mois…notre histoire fiscale est parsemée de mauvaises nouvelles et d’espoirs déçus de baisse d’impôts.

    Aujourd’hui, avec un exécutif faible, la règle doit être que les discours pour être crédibles doivent être suivis d’actes tangibles et vérifiables et donc se dérouler dans un bon timing.

  • C’est ce qui a manqué à l’exécutif ici : le bon timing.
    Quand on souhaite annoncer une bonne nouvelle, la première qui fait suite à une longue série de mauvaises nouvelles économiques et fiscales, il faut impérativement le faire lorsque la nouvelle est tangible, que la baisse est effective…
    La leçon en communication est amère pour l’exécutif qui pour un problème de timing et de précipitation a pu transformer une possible bonne nouvelle en cafouillage de communication

Q2 : Une majorité de Français considèrent que l’entrée au capital du groupe PSA de l’entreprise Dongfeng et de l’Etat ne garantit pas le redressement de l’entreprise.

Si 69% des Français interrogés ne croient pas à un redressement de PSA après l’annonce de l’entrée du chinois Dongfeng et de l’Etat c’est avant toute chose un problème de communication.

La direction de PSA et les actionnaires de référence n’ont probablement pas mesuré l’impact négatif d’une absence de communication sur la survie de l’entreprise pour des Français très attachés aux marques automobiles du groupe.

Mieux encore, PSA dans l’imaginaire collectif appartient à tout les Français, car chaque Français a de près ou de loin une histoire personnelle avec cette marque. 

Ces derniers mois, l’actualité de PSA a été dominée par la fermeture de l’usine d’Aulnay, le montant de la retraite chapeau de Philippe Varin et l’échec de Frédéric Saint-Geours dans sa tentative de devenir président du MEDEF.

La vision stratégique du groupe PSA a été relayée au second plan de l’actualité et trop peu partagée avec l’opinion publique. Les événements capitalistiques récents que furent :

  • la rupture du contrat de participations croisées avec Général Motors ;
  • l’entrée au capital de l’Etat qui est un bouleversement majeur pour le groupe tant cette éventualité avait toujours été repoussée par les actionnaires ;
  • le rapprochement avec une entreprise d’Etat chinoise, Dongfeng

… n’ont pas fait l’objet d’une pédagogie suffisante de la part de PSA.

Face à ces événements négatifs, la discrétion historique, revendiquée même de la famille Peugeot, explique également le résultat du sondage. Pour un groupe aussi symbolique et face aux difficultés rencontrées par le président du Directoire, ils auraient du prendre la parole et expliquer.

 Visionner la vidéo de l’intervention de Nicolas Boudot