À propos de La Question de l’Éco : À un rythme hebdomadaire, « La question de l’éco » est présentée dans « Le quotidien de l’économie » d’Emmanuel Kessler, diffusé sur LCI à 20h10 et 21h10. Avec l’intervention de Frédéric Latrobe, associé de Tilder ou Nicolas Boudot, Directeur chez Tilder, ce rendez-vous est l’occasion d’un décryptage en matière de communication d’un enjeu économique saillant de la semaine à partir d’un sondage réalisé par un institut auprès d’un panel représentatif de la population française.

Questions du sondage :

Q1 : Faut-il confier le monopole de la vente des cigarettes électroniques aux buralistes ?

  • Sous total « OUI » : 35 %
  • Sous total « NON » : 64 %
  • NSP : 1 %

Q2 : Les interventions militaires de la France à l’étranger sont-elles compatibles avec les efforts budgétaires mis en place par le gouvernement ?

  • Sous total « OUI » : 19 %
  • Sous total « NON » : 80 %
  • NSP : 1 %

ANALYSE DE NICOLAS BOUDOT, DIRECTEUR CHEZ TILDER

Q1 : 64% des Français sont pour la vente libre des cigarettes électroniques

Le sondage OpinionWay pour LCI et TILDER de cette semaine montre que pour la majorité des Français interrogés, la cigarette électronique doit rester en vente libre. Ce sondage a été réalisé à la suite de la décision du Tribunal de Commerce de Toulouse, le 9 décembre dernier, qui a jugé qu’un vendeur de e-cigarette exerçait une concurrence déloyale et violait la Loi sur le monopole d’Etat en matière de vente de tabac.

S’il existe une bataille juridique en cours dont on ne connaît pas l’issue, la bataille la plus intéressante est celle qui se joue sur le terrain de la communication. Sur ce terrain là, l’histoire peut nous éclairer sur une issue qui risque de ne pas faire plaisir aux buralistes.

En effet, c’est à la guerre entre le vieux principe du monopole d’Etat et la libre circulation sans entrave des marchandises à laquelle nous assistons, matérialisée par le combat entre la cigarette ultra taxée, mais qui est l’objet de toutes les critiques de la part des institutions de santé publique et la cigarette électronique qui permet de « fumer » ou de « vapoter » même dans les lieux publics.

Cette situation amène deux considérations :

  • d’abord qu’il existe quoi qu’il arrive un réflexe franco-français de combat contre les situations monopolistiques. Les Français sont décidément attachés à la liberté de commerce et le sondage en est une nouvelle démonstration.
  • Ensuite, en communication, il y a toujours deux façons de réagir à une innovation qui vient challenger un marché :

o   Soit en la repoussant et en tentant de la faire sortir du cadre légal du marché et en cherchant à l’interdire et donc à l’éliminer. C’est le réflexe des buralistes qui, jaloux de leur monopole tabagique, voient d’un mauvais œil l’arrivée et le développement de la cigarette électronique.

o   Soit en l’acceptant et en faisant de ce nouveau challenge un nouvel élan pour rebondir et se réinventer pour reconquérir les parts de marchés perdues.

En choisissant la première solution, le buraliste de Toulouse a peut être gagné la première bataille juridique, mais il a d’ores et déjà perdu la guerre de la communication.

Q2 : 80% des Français considèrent que les interventions militaires ne sont pas compatibles avec les efforts budgétaires mis en place par le gouvernement.

Ce résultat vient confirmer l’opposition des Français à une intervention militaire en Centrafrique.

Pourquoi une telle opposition ? Parce que la communication qui a accompagné l’annonce de l’intervention française en Centrafrique n’a pas été suffisamment bien préparée.

Les Français ont été surpris de la décision d’intervention en Centrafrique. La situation locale était peu ou mal connue par l’opinion publique. Finalement, la communication de cette intervention n’a pas été suffisamment scénarisée par le pouvoir exécutif pour que l’opinion publique puisse y adhérer.

Le positionnement de la France par le Président de la République comme « gendarme » devant assurer la paix en Afrique après l’intervention au début de cette année au Mali n’a pas été compris par l’opinion publique.

La mort au combat de deux soldats dès le deuxième jour d’intervention et le changement de discours sur la durée même de l’intervention ont été un facteur aggravant la mauvaise préparation de l’opinion publique à cette événement.

Les précédents présidents de la République en berne dans les sondages avaient redonné des couleurs à leur popularité sur le terrain international… Le président Chirac en refusant l’intervention en Irak et en prononçant des discours sur la défense de l’environnement, le président Sarkozy en intervenant positivement dans le règlement du conflit russo-géorgien en 2008. Il n’est pas certain que la courbe de popularité de François Hollande ne connaisse un sursaut positif après cette intervention. La faute à une communication de guerre mal préparée.

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